UNE RENCONTRE SAINTE (3) : Le PÈRE ARINTERO
ET LA VÉNÉRABLE MARÍA DE JESÚS SACRAMENTADO (1888-1960)
Le texte que nous traduisons ici est extrait de l'introduction de l’ouvrage intitulé Hacia las cumbres de la unión con Dios [Vers les sommets de l'union à Dieu], paru en 1968 aux éditions de la Vida Sobrenatural (Salamanca). Il recueille, sous la direction du P. A. Alonso Lobo, la correspondance spirituelle du P. Arintero et de la Mère Magdalena, entre les années 1922 et 1928 - date de la mort du P. Arintero.
Ce texte apporte le précieux témoignage de la Mère Magdalena elle-même sur sa première rencontre, providentielle, avec le P. Arintero, en 1922, en des termes, souligne le P. Alonso Lobo, qui rappellent, dans l'hagiographie chrétienne, les grandes amitiés de « saint Augustin et de saint Ambroise, de saint Benoît et de sainte Scholastique, de saint François et de sainte Claire, de sainte Catherine de Sienne et du Bienheureux Raymond de Capoue, de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix. On peut encore citer le cas de saint François de Sales et de sainte Jeanne Françoise Frémiot de Chantal, de saint Dominique Savio et de saint Jean Bosco, de saint Antoine Marie Claret et de la Mère Sacramento ».
Ces lignes recquièrent une lecture attentive et invitent à la confiance.
Elles démontrent, parmi tant d'exemples, que Dieu ne cesse pas d’être très présent, quoique souvent secrètement, dans les voies fréquentées par les humbles et les saints, au milieu des temps très troublés du monde ou de chaque vie. Un jour que quelqu’un se désolait auprès du P. Arintero qu’il n’y eût plus de saints. Celui-ci, qui, d'expérience, savait qu'il n'en était rien, lui répondit avec humour que pour les croiser il fallait suivre les mêmes routes qu’eux. La lecture du présent témoignage de Mère María Magdalena ouvre une petite vue plongeante sur l'une d'elles.
« En janvier 1921, commença à paraître la revue La Vie Surnaturelle. En lisant son premier numéro, qu’on nous prêta me semble-t-il, la communauté exprima le désir de la lire à nouveau. On en fit lecture au réfectoire, puis en récréation et l’on en parla beaucoup. On fit des commentaires sur les articles et sur les rédacteurs. Les Sœurs en discutèrent entre elles et s'enthousiasmèrent à l’idée de lire cette revue. Ce que voyant, la Mère Supérieure décida de nous abonner.
« Elle profita de cette occasion pour écrire au directeur, le Très Révérend Père Maître Jean González Arintero, dominicain, qui résidait à Salamanque. Il est aisé de comprendre que l’on parlait surtout de lui, car il était l’auteur principal. Toutes les Sœurs disaient : comme il semble saint et savant ! qui nous le fera connaître ? qui nous permettra de parler avec lui, de le consulter sur tel et tel point ? etc. Pour ma part, j’écoutais tout cela en restant apparemment insensible, sans pratiquement faire part de mon opinion, alors pourtant que j’éprouvais joie et contentement en moi-même. Cette joie était semblable à celle que l’on éprouve à l’approche d’un idéal ou d’une vive clarté, quand on désire découvrir dans l’obscurité quelque chose sans pouvoir y parvenir. Il est certain que j’ignorais quel était cet idéal et cette perspective. C’était mon cœur qui prévoyait et sentait qu’il y avait quelque chose pour lui. En conséquence de ce désir exprimé par la Mère Supérieure et les autres Sœurs, il fut convenu que la Mère écrirait au directeur de la revue et l’inviterait à venir nous visiter [nous doutions beaucoup qu'il pût venir, étant donné les nombreuses occupations que nous lui supposions].
« Un matin de février 1922, à dix heures, on appela à la porterie. La Sœur de service alla informer la Mère Supérieure que le Père Jean Arintero était là. La Mère, sur le moment agréablement surprise, m’appela pour me le dire ; je souris en disant : “Profitez-en, ma Mère, ensuite vous m’en ferez bénéficier”. Extérieurement je me montrai indifférente et sans enthousiasme, mais intérieurement je pressentis assez précisément que le Seigneur envoyait ce Père avec une mission pour mon âme.
« Cette conviction me fit rester tranquille, sans oser même dire un mot susceptible d’exprimer ma volonté d’aller parler au Père. Car je supposai qu’il n’aurait pas le temps de répondre aux attentes de toutes celles qui, je le savais, avaient déjà exprimé leur désir à la Mère Supérieure de le rencontrer. Il y a des circonstances où la créature doit faire quelque chose et d’autres où le Seigneur fait tout et veut tout faire. Dans le cas présent, c'était le cas. C’est pourquoi je ne fis pas un geste et me tus. Lui savait tout ; la Mère aussi. Était-il nécessaire de parler ? Que soit béni mille fois le Seigneur qui m’accorda la grâce de me faire rester tranquille en Lui faisant confiance, en me préservant de ces désirs, bons en apparence, mais qui en réalité servent seulement à indisposer les esprits, sans permettre de tirer profit des paroles des ministres du Seigneur.
« L'entretien de la Mère dura environ trois quarts d’heure. Celle-ci en fut à la fois satisfaite et peinée parce que, me dit-elle, “je n’ai pas bien compris, j’ai perdu beaucoup de ce que le Père me disait parce que je n’ai pas bien su m’adapter à ce caoutchouc” [en effet, le Père était sourd. Il entendait seulement grâce à un appareil, une trompe, gênant et compliqué à utiliser pour qui n'était pas habitué à l'utiliser (1). Après la conversation de la Mère Supérieure, avec le P. Arintero, il y eut une autre religieuse qui dut rester avec lui près d’un quart d’heure, puis une troisième et une quatrième qui ne restèrent pas plus de quelques minutes [peut-être pour le même motif que celui de la Mère, à savoir la difficulté de parler avec l’appareil].
« Je me taisais et observais, comme quelqu’un qui attend quelque chose, je pensais également : combien d’autres iront encore ou auront demandé à la Mère Supérieure d’aller lui parler ? Pour elles, j’étais disposée à sacrifier mon désir au Seigneur. À ce moment, la Mère m’appela et me dit : “II n’y a plus personne ; allez, si vous le voulez”. Et elle me conseilla de m’entretenir avec le Père.
« Il est facile d’imaginer que j’acceptai la proposition avec le plus grand plaisir, bien que, sans le faire paraître beaucoup, je fis comme si j’étais indifférente. Je me sentais calme et sereine, comme rarement je l’avais été en allant parler à quelqu’un des affaires de mon âme, surtout pour la première fois. Cependant mon cœur battit et s’enflamma inhabituellement lorsque le moment approcha de cette première rencontre avec le serviteur de Dieu. Depuis lors, j’allais avoir avec lui des relations spirituelles très étroites qui allaient marquer une époque particulière de ma vie.
__________
(1) "Le P. Arintero souffrait en effet d’une surdité très accentuée. Pour suppléer un handicap aussi prononcé, il se fit fabriquer un instrument auditif très rudimentaire, mais conforme à ce que permettait la technique d’alors. Il s’agissait d'un long tube en caoutchouc, terminé à l’une de ses extrémités par un cornet en forme d’entonnoir que l'interlocuteur appliquait à sa bouche. À l’autre extrémité, il y avait un écouteur avec lequel le saint religieux percevait ce qu’on lui disait. Nous avons conservé ce curieux instrument dans nos archives du P. Arintero" (note du P. Alonso Lobo).
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
INFORMATIONS DIVERSES
