UNE RENCONTRE SAINTE (4) : Le PÈRE ARINTERO
ET LA VÉNÉRABLE MARÍA DE JESÚS SACRAMENTADO (1888-1960)
« Nous avons parlé à la grille du parloir, sans le rideau habituellement tiré, ordonné par la sainte Règle, parce que, en raison de la surdité mentionnée ci-dessus, il fallait passer par la grille le tuyau de caoutchouc que le Père appliquait à ses oreilles. De cette façon, nous devions nécessairement nous voir. Je ne puis dire ce que tous deux nous avons vécu à ce moment-là. Pour ma part, je puis l’affirmer, en me trouvant face à lui, plus que le P. Jean, je vis et je connus sa belle âme.
« Oui, nos âmes se virent. À l’instant même, elles se connurent et se comprirent admirablement avec une intuition spéciale, parce que Dieu, à ce moment-là, dut nous regarder tous les deux et c’est comme cela, sous son regard divin, que se forment les véritables amitiés.
« En commençant à parler au Père, je m’excusai en lui disant que je ne maniais pas bien le castillan. Il m’encouragea en disant qu’il comprenait parfaitement l’italien, que je pouvais parler aussi bien dans l’une ou l’autre langue, selon que les mots me viendraient le mieux. Il me dit qu’il avait été un an à Rome (1), qu’il avait voulu connaître le P. Germain, passioniste, et qu’il avait été très peiné de ne pas avoir eu cette joie. En entendant cela, je lui dis que le P. Germain avait été mon directeur, que j’étais avec lui en relations très étroites, qu’il m’aimait beaucoup et que c’était réciproque. Le Père se réjouit grandement de tout cela. Nous avons parlé un peu de Gemma Galgani, de laquelle, précisa-t-il, il était très dévot et dont il portait toujours avec lui une image-relique. Le souvenir de mon couvent de Lucques ne fut pas oublié, car il était d’une certaine manière le couvent de Gemma, puisque le Seigneur le lui avait demandé... Ensuite, presque sans m’en rendre compte, car tout se passa très discrètement et calmement, sans aucune espèce de pression, nous sommes entrés dans les affaires de mon âme ; j'ai tout dit au Père avec une facilité étonnante.
« Le Père s’aperçut alors que midi était passé et il dit : “Ma fille, que l’heure passe vite
pour nous ! Je dois partir aussitôt. À une autre fois, quand Dieu voudra. Si vous désirez m’écrire, vous pouvez le faire librement, je vous répondrai”. Il me donna sa bénédiction et nous nous sommes séparés [mais seulement physiquement car nos âmes, depuis ce jour, restèrent tellement unies devant le Seigneur qu’il était impossible de nous oublier l’un l’autre en sa présence. Pour ma pauvre âme, qui se sentait comme en marche dans le désert obscur de la vie, la rencontre avec ce vénéré serviteur de Dieu fut comme un rayon de lumière projeté sur ma route, la laissant tout illuminée. Je ne pouvais cesser de rendre grâces au Seigneur, en me reconnaissant indigne de toute la bonté et la délicatesse qu’il me montrait ainsi, car je comprenais bien que la conversation avec le Père n’avait pas produit sur les autres religieuses le même effet que sur moi.
« Le lendemain de cette première entrevue avec le P. Arintero, à quatre heures de l’après-midi, le vénéré Père se présenta au couvent en demandant à parler à la dernière religieuse avec laquelle il s’était entretenu le jour précédent. On m’appela. Je descendis aussitôt avec la joie qu’on peut imaginer, le cœur débordant de gratitude pour le Seigneur. Nous nous sommes salués brièvement, comme si nous étions des amis de longue date, car il nous semblait l’être déjà. “Père, ai-je demandé, pourquoi êtes-vous revenu aujourd’hui, comment se fait-il que vous soyez venu ?”. Il me répondit : “Ma fille, c’est le Seigneur qui m’envoie ! Je ne pensais pas venir, mais ce dont je me suis souvenu de vous était si important qu’il m’a semblé ne pouvoir quitter Bilbao sans revenir. Ainsi, vous le voyez bien, ma fille, ce n’est pas moi, mais c’est le Seigneur qui m’a fait revenir”. J’en étais tellement convaincue que, pour peu qu'on me le rappelât, j’en étais submergée de reconnaissance et d’amour envers la bonté divine.
« Sans autre préambule, nous sommes aussitôt entrés dans le vif du sujet qui porta, comme on s’en doute, sur les questions de l’âme, de Dieu et de son amour. Nous n’avions pas d’autre thème à traiter ni d’autre sujet qui nous intéressât. Au fond, le Seigneur avait déjà fait que nous nous connaissions et nous comprenions, mais il était évident que je devais lui donner des détails sur les affaires de mon âme et traiter les problèmes de plus près, puisque maintenant j’avais la chance de pouvoir le faire de vive-voix, occasion qui ne pouvait se représenter de cette manière, si ce n'est rarement (…) ».
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(1) Le P. Arintero enseigna le traité sur l’Église, à Rome, à l’Angelicum récemment fondé, en 1911. C’est là, en particulier, qu’il rencontra le P. Garrigou-Lagrange, avec lequel il se lia d’une amitié fraternelle durable, et qui lui rendit plus tard ce témoignage de le considéré comme « un maître qui m’a beaucoup donné ».
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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