UNE RENCONTRE SAINTE (2) : Le PÈRE ARINTERO
ET LA VÉNÉRABLE MARÍA DE JESÚS SACRAMENTADO (1888-1960)
Le 18 mars 1913, à l’âge de 25 ans - ce qui en dit long sur le crédit qui était déjà le sien - Mère Maria Magdalena partit avec cinq religieuses pour le Mexique, afin d'y établir la première fondation féminine passioniste, au milieu des terribles dangers auxquels les catholiques étaient alors exposés dans cette période de persécutions.
Ces épisodes ne sont pas toujours bien connus des Français, même catholiques, mais le Mexique fut le théâtre, dès la fin des années 1850, de tracasseries sans nombre contre les catholiques. Les persécutions furent durcies à la suite de la Constitution de 1917. Le culte fut interdit, les biens d’Église confisqués, les voeux religieux prohibés, les prêtres récalcitrants jetés en prison ou tués, dans la pure tradition jacobine de ce que la République française se fait gloire d’avoir donné au monde. Ce fut l’origine de la révolte des Cristeros, la Cristiada (1926-1929). On évalue au nombre de 30 000 les chrétiens qui furent alors assassinés (1).
Mère Maria Magdalena fit elle-même un rapport sur la situation alors en cours, d’environ 40 pages, qu'elle transmit à ses supérieurs à Rome. Pendant sept mois, les religieuses durent vivre complètement sécularisées, puisque le port de l’habit religieux était interdit, changeant plusieurs fois de maison, exposées aux bombardements. L'ordre fut dès lors donné à Maria Magdalena et aux religieuses qui l’accompagnaient de revenir en Italie. Encore au Mexique, elle entendit à plusieurs reprises, dans ses oraisons : « Je t'attends en Espagne ».
C'est là, en effet, qu'elle fut finalement envoyée, en 1916. Elle y trouva un premier refuge, avec un groupe de ses soeurs, à Deusto (Biscaye), près de Bilbao. Elle dirigea cette communauté pendant plusieurs années.
C’est là que, pour la première fois, en 1922, elle rencontra le P. Arintero, qui allait devenir son directeur spirituel.
Lui indiquant, dans la lettre précitée du 7 février 1922, qu'elle médita alors sur la grandeur de sa vocation, « oeuvre d'amour des Trois Personnes Divines », elle ajoute : « Je commençais à comprendre les activités de la grâce dans l'âme, qui ne met pas d'obstacle, et je découvris combien est simple le chemin de la sainteté ». Elle poursuit alors, à l'adresse du P. Arintero : « Le Seigneur ne désire pas autre chose, sinon que nous nous rendions compte de l'amour qu'Il a pour nous et ceci sans rien faire d'autre, de notre côté, que d'ouvrir la bouche pour qu'Il nous remplisse de son Esprit. Mon Père, je me rappelle avoir lu dans votre revue (2) "que les hommes ne réussissent pas à trouver la sainteté à cause de sa grande simplicité". Père, ne vous lassez jamais de répéter cette vérité ». La M. Maria Magdalena contribua fortement à la conviction du P. Arintero sur l'appel universel à la sainteté.
Le 27 juin 1935, Mère Maria Magdalena fut rappelée en Italie, à Lucques, où elle acheva un sanctuaire dédié à sainte Gemma Galgani. Déposée de sa charge le jour même de l’inauguration de ce sanctuaire, elle put retourner en 1941 en Espagne, où elle reçut la charge de fonder un second couvent de son Ordre, cette fois à Madrid.
Le P. Arintero, qui avait discerné en elle de grandes capacités non seulement contemplatives mais aussi intellectuelles et apostoliques - qui l’ont conduite à entretenir une correspondance nourrie tant avec des prélats qu’avec des prêtres et des laïcs - l’associa étroitement à sa revue La Vida sobrenatural dès le début. Elle y écrivit de nombreux articles, de 1922 jusqu'à sa mort (1960), sous le pseudonyme de J. Pastor, que lui avait donné le P. Arintero lui-même, afin - écrit le P. Alonso Lobo dans sa présentation de l'Autobiographie de la Vénérable - de la soustraire à la curiosité des gens et de protéger son humilité, lorsqu'il a voulu l'associer à ses travaux apostoliques, en tant que précieuse et assidue collaboratrice de la revue qu'il avait fondée ». La tenue de ses écrits était telle que d’aucuns pensaient que, derrière ce pseudonyme se cachait un éminent théologien. Elle eut ainsi, également par ce biais, un grand rayonnement spirituel, à la fois caché et public.
C’est dans ce couvent de Madrid que M. Maria Magdalena acheva saintement sa vie, à l’âge de 72 ans, le 10 février 1960.
Le P. Arturo Alonso Lobo, dans l’ouvrage susvisé où il a réuni la correspondance de cette sainte religieuse et du P. Arintero, écrivit à son sujet : « J’ai connu personnellement la Mère Madeleine pendant un bref séjour à Salamanque, quand elle vint pour témoigner au procès de béatification du P. Arintero [dont il était le vice-postulateur]. J’ai également eu la chance de l’accompagner au couvent de Cantalapiedra, où se trouve le tombeau du serviteur de Dieu. L’impression qu’elle me fit alors fut extraordinaire. Sans savoir pourquoi et sans nul besoin de converser avec elle, elle suscitait le même respect et le même recueillement que lorsqu’on se trouve en présence de quelque chose de sacré. Si l’on commençait une conversation avec elle, le sujet revenait toujours sur la bonté et l’amour de Dieu. Avec la tête un peu inclinée et le regard vers le sol, elle donnait l’impression que rien de ce monde ne l’intéressait, que son unique préoccupation était de vivre constamment en la présence de Dieu.
Communauté des soeurs de Dousto - M. María Magdalena : 2e rang, 3e à partir de la droite
Je fus extrêmement impressionné de la voir pendant deux longues heures, agenouillée sur les dalles froides de l’église de Cantalapiedra, devant le tombeau de son vénéré Père et directeur spirituel [Arintero]. En terminant, elle resta en prostration un long moment, en baisant le sol. C’était la première et la dernière fois que cette âme extraordinaire s’approchait du tombeau de son ancien père et maître dans le chemin de la vie spirituelle, après avoir été en rapport avec lui sur la terre ».
José Eduardo Câmara de Barros Carneiro a pu ajouter sur elle ces belles lignes : « En Espagne, [M. Maria Magdalena] trouva chez le P. Arintero à la fois son père spirituel et le frère de son âme. Cette union fut si forte que, dans ses écrits, elle en est venue à signer : “Passioniste-dominicaine” (3). Le P. Arintero ouvrit son âme à la voie que Dieu avait pour elle, son chemin comme Apôtre de l'amour et comme écrivain. Comme écrivain, il la conduisit, non pas par ses propres voies, mais par les chemins que Dieu avait tracés pour elle. Elle a elle-même aidé le P. Arintero à grandir dans cette voie de l'Amour. « Ma mission sur terre et dans les cieux est de demander la sanctification des âmes », a-t-elle écrit. « La sainteté est Amour, tel est le mot central de la spiritualité de Mère Madeleine. Ces deux âmes se sont unies sous un même idéal : faire connaître la vocation universelle à la sainteté. Elle écrit dans son Testament spirituel : “Tous les atomes de mon pauvre être sont autant de voix qui crient : Amour, amour, l’amour ! Dieu est amour”. »
Mère Maria Magdalena a été déclarée Vénérable par le pape François, le 3 avril 2014 (4).
Patrick de Pontonx
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(1) Le pape s. Jean Paul II canonisa 25 martyrs de cette guerre le 21 mai 2000. Benoît XVI en béatifia 13 le 20 novembre 2005. La plupart étaient prêtres.
(2) Il s’agit de La Vida sobrenatural. Cette revue ne doit pas être confondue avec son homonyme dominicain français, La vie surnaturelle, encore qu’elle eut les mêmes fins, et qui fut fondée peu avant, en 1919, par le P. Vincent Bernardot (1883-1941), de la Province de Toulouse. Le P. Arintero eut connaissance de cette dernière, dès l'origine, grâce au P. Garrigou-Lagrange, et il y collabora dès le début. La Vida sobrenatural fut fondée quant à elle en 1921 par le P. Arintero, avec le soutien de laïcs de Bilbao, qui créèrent à cette fin les éditions Editorial Fides. Le P. Arintero voulut en faire, en particulier, un instrument de diffusion de la dévotion à l’Amour miséricordieux, et de connaissance des maîtres spirituels, des « ineffables mystères et (des) immenses merveilles de la vie de la grâce » (P. Arintero, n° 1), sans acception d’école théologique, ainsi que le groupe des fondateurs l’avait demandé. Elle est devenue Vida sobrenatural en 1994. Pour plus de détails sur l’origine de la revue, cf. Pedro Fernandez Rodriguez, Vida sobrenatural, Indices 1921-1995, Ed. San Esteban, Salamanca, 1996, pp. 7 ss. (note du traducteur). C’est de cette revue dont il sera question plus avant, dans le récit de M. Maria Magdalena.
(3) Dans sa présentation de l'Autobiographie de la Vénérable, le P. Alonso Lobo écrit : « « Nous pensons qu'elle l'a utilisé [le nom de "passioniste-dominicaine"] pour la première fois dans sa lettre du 16 juillet 1925. Le Père Arintero, lorsqu'il lui répondit le 19 juillet de la même année, fit cette humble remarque : “J'ai beaucoup aimé votre signature de Passioniste-Dominicaine. Elle vous autorise à me reprendre chaque fois que je commets une faute (…)”. Le 13 août 1925, Mère Magdalena fait une nouvelle allusion à ce détail et aux paroles de son père spirituel : “Vous dites, mon Père, que vous avez apprécié ma signature de Passioniste-Dominicaine... Merci ; cela ne me surprend pas... Lorsque notre humble Institut (celui des Passionistes) est né, votre saint Ordre progressait depuis des siècles avec beaucoup de gloire et maintenant, votre pauvre fille y participe également ». Pour ces correspondances, cf. Hacia las cumbres de la union con Dios, Salamanca 1985, sous la direction du P. Arturo Alonso Lobo.
(4) On pourra se reporter à la chronque que lui consacre le Dicastère de la cause des saints (en italien).
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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