L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (3)
Marie est aussi gardienne des vignes. Pour mieux prendre soin des nôtres, elle a laissé la sienne — la Vigne véritable — être dévastée, brisée sous ses yeux au Calvaire, lorsque les enfants de sa mère, la Synagogue, se sont retournés contre Elle (Cant., 1, 5). Elle est la Jardinière mystique. En tant qu’Épouse fidèle et inséparable de l’Esprit sanctificateur, elle habite avec Lui dans les jardins des cœurs pieux. Elle les cultive, y arrache les mauvaises herbes, y plante les vertus les plus précieuses, les arrose de grâces abondantes. En même temps, elle laisse entendre sa douce voix, qui console, encourage et comble tant, et qui enseigne à régaler les oreilles divines (Cant., 8, 13). Oh, qui pourrait expliquer les mystères renfermés dans cette voix, cette culture et cette inhabitation, qui semblent pourtant propres et exclusives à Dieu seul ! Que ceux qui, à l’imitation du bienheureux Grignion, ont la chance de la ressentir très vivement, jouissant presque sans cesse de cette présence intérieure de Marie, l’expliquent comme ils le peuvent.
Elle est, enfin, la divine Bergère qui nourrit non seulement les brebis bien-aimées et les agneaux fidèles du Bon Pasteur, mais aussi les chevreaux eux-mêmes, que sont les pécheurs qui recourent à Elle, et qu’elle regarde comme « les siens » : « hœdos tuos ». Mais elle prend bien soin de les paître « près des tentes des bergers » (Cant., 1, 7), afin qu’ils s’y transforment en agneaux, et méritent ainsi de se nourrir du très beau Blé des élus (Zach, 9, 17).—Ses entrailles bénies sont elles-mêmes « un monceau de blé entouré de lys » (Cant., 7, 2).
5] Des symboles organico-anthropologiques (pp. 231-242)
Marie apparaît ainsi comme le cou mystique de l’Église, par lequel descendent vers nous toutes les influences de notre Tête divine, Jésus-Christ, et remontent toutes nos impressions, c’est-à-dire nos supplications et nos offrandes, afin qu’elles soient bien agréées ; ou encore comme son cœur rempli du feu du Saint-Esprit, d’où doit se communiquer à tous les membres, joint au sang vivificateur, l’ardeur de la charité divine. - En tant que cou, Marie unit réellement et met en communication tous les membres avec la Tête ; et ainsi, selon ce que disent saint Germain, saint Bernard, saint Albert le Grand et saint Bernardin, elle est est le canal ou le conduit ordinaire par lequel doivent descendre toutes les grâces, tout en étant un intermédiaire nécessaire pour offrir dignement à Dieu toutes nos prières, nos actions et nos afflictions. Tel est donc ce mystérieux cou, fort « comme la tour de David, d’où pendent mille boucliers et toute l’armure des vaillants » (Cant., 4, 4). — Et en tant que cœur, Marie est le « Tabernacle de l’Esprit Saint » mystique, d’où semble animé, vivifié, mû et dirigé tout le corps mystique, en nous faisant tous participer à sa communication intime, à son animation, à son élan et à sa direction, dans la mesure où Marie nous trouve unis à Elle et sous sa dépendance. En tant que véritable cœur, Marie est le primum vivens et l’ultimum moriens, qui ne cesse pas un instant de palpiter de battements d’un amour très pur, en distribuant ainsi continuellement des trésors de charité et de grâce, de charismes, de dons et de vertus, en les faisant circuler dans tout l’organisme de l’Église et en les communiquant de manière tout à fait singulière aux âmes qui lui sont les plus unies et les mieux configurées, comme victimes d’amour.
« D’après une gracieuse adaptation, écrit le P. Hugon, O.P., Marie est le cœur de l'Église, l'organe surnaturel et parfait qui n'interrompt jamais son action. (…) Marie, veille toujours, rien ne vient suspendre son travail de sainteté ni le jour ni la nuit » (La Mère de grâce, Éd. Lethielleux, 1904, p. 121). Il ajoute (p. 267) : « Ce cœur, sans doute, dépend de la tête, le Christ, et reçoit de lui le mouvement ; mais il est chargé ensuite de transmettre la vie et la chaleur à tous les membres, jusqu'aux dernières extrémités : il n'est aucune goutte de sang divin, c'est-à-dire aucune grâce, qui ne vienne du cœur, Marie ».
C’est ainsi qu’elle imprègne tout le corps mystique de ses vertus et de ses sentiments. Si les premiers chrétiens n’avaient « qu’un seul cœur et une seule âme dans le Seigneur » (Act. 4, 32), « Marie, remarque Marechaux (Élév. 21), était le cœur de ce cœur et l’âme de cette âme. (…) S’ils étaient heureux de souffrir pour le nom de Jésus, cet héroïsme leur était inspiré par Marie, qui rend tous ses enfants épris de la croix ». Elle est, comme nous le faisions remarquer de notre côté (pp. 234-5), le centre et, pour ainsi dire, l’âme des cœurs saints, embrasés par le feu divin, qui sont déjà indissolublement unis à Dieu et, ainsi, réunis autour d’Elle, comme autour d’un noyau vivant, deviennent ses coopérateurs, formant ensemble le cœur total, qui ne mourra jamais et où le Saint-Esprit repose comme dans son temple préféré, ou son Saint des Saints, y trouvant ses délices et répandant à pleines mains ses trésors inépuisables. — C’est pourquoi cet Esprit divin de sanctification, sans pouvoir être en soi un organe — car il n’a rien de matériel pour l’être —, et étant proprement âme, comme le dit saint Augustin, est parfois appelé, malgré cela, cœur de l’Église. Il l’est, en effet, par son Épouse immaculée et par toutes les autres âmes qui la suivent toujours et sont déjà configurées et indissolublement associées à Elle pour contribuer, soit par leurs excès d’amour, à la vivification, l’illumination et l’édification générale, soit par leurs excès de douleur, à la purification, à l’expiation et à la réparation. — En participant à toutes les actions du Fils et en les ressentant incomparablement plus que si elles étaient les siennes, Marie en vint à n’avoir avec Lui qu’un seul cœur : un cœur tout entier rempli de la plénitude du Saint-Esprit, pour s’offrir en holocauste agréable au Père pour notre salut. Aussi a-t-elle pu dire à Sainte Brigitte (Révél., t. I, c. 24) : « Nous avons sauvé le monde quasiment d’un seul coeur » (Quasi uno corde mundum salvavimus). Ainsi, elle est véritablement Corédemptrice, contribuant à notre salut et à notre relèvement, tout comme Ève a contribué à notre perdition et à notre ruine. — Mais dans ce cœur salvateur étaient déjà compris tous les cœurs aimants de celui de Jésus, tous ceux qui sont appelés à être en Marie et avec Marie des victimes d’amour qui, pour la gloire de Dieu et le bien de toute la Chrétienté, ne savent refuser aucun sacrifice et, à toute heure, s’immolent et se consument d’ardeurs de charité dans le doux feu du Saint-Esprit.
Ainsi, nous verrons déjà comment, dans cette série de symboles, transparaît, chacun à sa manière et de plus en plus, cette admirable mission de Marie, en tant qu’associée à l’œuvre du Divin Esprit dans l’Église et dans les âmes, cette action sanctificatrice, que nous souhaiterions ici synthétiser, préciser et mettre en relief autant que possible.
CHAPITRE II : MARIE, FILLE DU PÈRE ÉTERNEL, MÈRE DU FILS, ÉPOUSE DU SAINT ESPRIT
Dans l’ouvrage cité (pp. 163-189), nous nous sommes efforcé de montrer comment toutes grandeurs impondérables de la Très Sainte Vierge peuvent, d’une certaine manière, se résumer dans ces trois grands titres sous lesquels tous les bons chrétiens l’invoquent et la saluent : à savoir, ceux de Fille du Père éternel, de Mère du Fils et d’Épouse du Saint-Esprit, qui expriment ses relations admirables avec chacune des Personnes divines et ses missions correspondantes à notre égard.
En tant que fille parfaite et bien-aimée du Père, Elle est, en union avec Jésus, le modèle accompli de la piété filiale, le miroir et l’exemple dans lesquels nous devons toujours nous regarder. En même temps, Elle est l’intercesseur et la nourrice de ses pauvres petits frères coupables, faibles, petits ou imparfaits. C’est ainsi qu’Elle a toujours été reconnue, comme aînée parmi toutes les pures créatures, et invoquée en tant que telle d’une manière singulière et avec la plus grande confiance de tous les fidèles, qui accourent toujours à Elle comme à leur refuge et à leur protectrice.
En tant que Mère du Fils, notre Chef, Elle est la véritable Mère spirituelle de tout le Corps mystique de l’Église et de chacun de ses membres, les fidèles chrétiens, qu’elle a mis au monde avec tant d’amour et de douleur sur le Calvaire. — Ainsi, pour avoir toujours été si intimement associée à tous les pas, les souffrances et les mystères de Notre Seigneur et Rédempteur, elle a mérité d’être justement appelée Notre Dame mais aussi Corédemptrice. En tant que telle, elle se tient devant Lui ; avec Lui, Elle est notre avocate et notre médiatrice. Elle peut présenter, en notre faveur et pour la satisfaction de nos dettes, ce qu’elle a fait et souffert, car tout cela a eu une valeur et un mérite inestimables aux yeux de Dieu, tandis que, comme Immaculée, elle n’a rien eu à satisfaire pour elle-même. Tous ses trésors se joignent à ceux de son Fils et forment un tout merveilleux pour notre enrichissement.
La mission corédemptrice et médiatrice de Marie ainsi que sa maternité spirituelle constituent les aspects les mieux étudiés et les plus éclairés de la mariologie moderne ; elles peuvent très bien se résumer par ces mots de Pie X : « Entre Jésus et Marie, il existe une association perpétuelle de vie et de souffrances (…). Étant à la fois Mère du corps naturel et du corps mystique du Sauveur, elle est indissolublement unie à son Fils pour mériter, satisfaire et intercéder ».
En tant qu’Épouse immaculée du Saint-Esprit, elle est sa collaboratrice dans l’œuvre mystérieuse de notre régénération et de notre formation spirituelle, et la grande intendante dont Il se sert pour nous dispenser toutes ses grâces. Elle exerce ainsi une fonction tout à fait admirable, que nous avons appelée co-sanctificatrice, parce que ce souverain et très aimable Esprit de sanctification se complaît à ce que tout notre salut nous vienne par les mains de sa douce Épouse. Ainsi, Il veut ainsi que le nom de Marie soit de plus en plus connu et loué, et que tous les fidèles l’invoquent comme Mère du bel amour et Reine des cœurs. — En effet, comme Elle lui a toujours été fidèle, Il n’a jamais eu de raison de la répudier ni de cesser de l’associer à son influence vivifiante. De même qu’Il a bien voulu produire en Elle et avec Elle, selon les termes du bienheureux Grignion de Montfort, Jésus-Christ, son chef-d’œuvre et notre chef, de même Il veut continuer à former en Elle, avec Elle et par Elle tous les membres du Corps mystique, en la faisant ainsi coopérer à la régénération, au renouveau et à la croissance spirituelle des fidèles, c’est-à-dire à tout le processus de la sanctification des âmes.
Cette mission prodigieuse, si importante, qui est d’une certaine manière celle qu’il nous est le plus nécessaire de connaître pour en tirer avantage, afin d’essayer de toujours vivre « en Marie, avec Marie et par Marie », est pourtant la moins connue explicitement. Presque tout ce qui la concerne reste encore dans l’ombre, dans le flou, ou n’est qu’implicite soit dans les nombreuses invocations par lesquelles l’Église lui demande d’exercer ces fonctions d’Épouse de l’Esprit sanctificateur, soit dans les titres qui lui sont donnés et qui sont pourtant tout à fait propres au divin Esprit lui-même. Ceux-ci, à chaque pas, sont appliqués ou attribués à Marie dans toute la liturgie et surtout dans les nombreux passages des Livres sapientiaux par lesquels on la célèbre lors de ses grandes fêtes, comme si c’était à Elle qu’appartenait, d’une manière singulière et merveilleuse, par une communication tout à fait spéciale, ce qui, par nature relève de l'Esprit de sagesse ou de la Sagesse éternelle.
Il ne faut pas supposer, comme certains le font à tort, que ces passages ne peuvent s’appliquer à Elle que dans un sens purement accommodatice, qui ne serait pas en réalité contenu dans les Écritures. S’il en était ainsi, ils ne lui seraient pas appliqués avec tant d’insistance, ni ne lui seraient réservés à Elle seule, comme des choses qui lui sont propres ou tout à fait particulières. Comme l’enseigne le Docteur angélique, les paroles de l’Écriture contiennent une vérité bien plus vaste et bien plus féconde qu’aucun homme ne peut l’imaginer. Dès lors, ces passages peuvent bien, dans leur sens premier et principal, se référer à l’Esprit divin lui-même et, d’une manière secondaire, mais réelle et véridique, à ses participations tout à fait singulières dans la plus privilégiée des pures créatures.
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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