L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (4)
Ainsi, lorsque nous donnons à la Très Sainte Vierge, par exemple, les noms de siège de la sagesse, de Mère de la divine grâce, ou encore de dépôt ou de canal de toutes les grâces, nous ne devons pas imaginer, comme certains le font, qu’il ne s’agit là que de purs titres honorifiques, et qu’en réalité, Elle n’influencerait notre sanctification qu’en tant que modèle de perfection et de sainteté et en tant qu’intercesseur très puissant. Autrement dit, il ne faut pas considérer que son influence ou sa causalité, certes notables, seraient purement morales, sans aucun concours physique. — Comme le remarque très justement le Père Hugon (La causalité instrumentale en théologie, Téqui, 1907) : « dans l’ordre de la causalité morale l’action de Marie, quoique inférieure et subordonnée, est universelle comme celle du Sauveur. Pourquoi la relation devrait-elle cesser dans l’ordre de la causalité physique ? Qu’est-ce qui nécessite cette exception ? Ne semble-t-il pas, au contraire, que le parallélisme surnaturel doive se poursuivre jusqu’au bout, et que la Mère doive être l’instrument secondaire partout où le Fils est l’instrument premier et conjoint ? (…) si Dieu daigne associer la valeur morale des actions de la Mère à la dignité morale des actions du Fils, pourquoi ne pas associer la causalité physique, pourquoi ne pas la faire concourir, comme celle du Christ, à la production d’une même grâce qui dérive de cette double médiation ? (…) On comprendrait bien mieux que Marie est toute mère, tota mater, si elle concourait physiquement à nous donner l’être surnaturel. (…) Cette maternité serait plus pleine, plus intense, plus semblable à la paternité du Christ à notre égard, si le sang de notre âme, la grâce, était formé par l'activité instrumentale de Marie ! (…) La maternité complète, en effet, requiert une action constante de la mère sur les enfants. La présence de la sainte Vierge avec nous sera très réelle et très efficace, si, au lieu de se réduire au pouvoir d’intercession, elle implique une influence physique et incessante sur l’âme des chrétiens. (…) S’il est vrai que le Saint-Esprit réduit à l’acte sa fécondité par l’intermédiaire de Marie, s’il devient puissant et opérant par elle, c’est par elle qu’il produit physiquement la grâce dans les âmes : Marie est donc l'instrument physique, secondaire, de l’Esprit-Saint » (pp. 197-203).
En accord complet avec cela, le très révérend abbé Maréchaux (Élévat., p. 4) affirme catégoriquement : « Marie n'est pas un simple modèle objectif, mais un modèle qui exerce une influence sur nous, et c'est cette influence intime qui nous aide puissamment à atteindre la perfection à laquelle nous sommes appelés. C’est un point de vue d’un intérêt capital que de considérer Marie comme l’Épouse du Saint-Esprit (…). Lequel a voulu réaliser en union avec Elle ses deux œuvres grandioses, l’Incarnation du Verbe et la sanctification des âmes, en la préparant et en la rendant apte aux fonctions glorieuses de sa double maternité.— C’est ainsi que Marie porte à juste titre cet excellent titre d’« Épouse du Saint-Esprit ».
C'est à ces fonctions si glorieuses et si merveilleuses de la douce Mère de Dieu et des hommes que semble clairement faire allusion l’Épouse du Cantique des Cantiques (8, 1-2) lorsqu’elle dit à son Bien-Aimé : « Qui me fera te voir comme mon petit frère, tétant aux seins de ma mère ? (…) Je t’attraperai et je t’emmènerai dans la maison de ma mère ; là, tu m’enseigneras et je te ferai boire du vin fort ».
On voit donc, comme le fait remarquer l’illustre abbesse de Solesmes dans La Vie spirituelle (ch. 21), comment « l’âme ressent plus vivement le besoin d’être gardée par cette Mère, et par Elle abritée, protégée et soutenue, lorsqu’elle commence à sentir le Seigneur dans son cœur. (…) C’est en présence de Marie, en effet, que l’Épouse mystique recevra les enseignements les plus fructueux, et, divinement instruite, apprendra à aimer le Seigneur d’une charité parfaite ».
La Vierge, en tant que créature, n’est pas un obstacle à l’union parfaite avec Dieu ; elle est au contraire un moyen extrêmement efficace pour y parvenir plus rapidement. En effet, étant entièrement vide d’elle-même et remplie de Lui, c’est Lui que l’âme rencontrera aussitôt en Elle. « L’âme - disait en 1880 une personne qui semblait le savoir très bien par expérience - ressent la Très Sainte Vierge comme un lien d’amour entre Dieu et elle, comme un moyen divin ». — « Elle la ressent, ajoutait-elle en 1882, comme un lien béni qui resserre son union avec Notre Seigneur. Pour ma part, je dis que je ne peux adresser mes prières à cette Mère bien-aimée sans qu’elle me fasse ressentir à nouveau, ou d’une manière plus vive et plus profonde, la présence intime du Seigneur. (…) Marie présente l’âme à son Fils, qui l’accueille tendrement par amour pour cette Mère incomparable ».
C’est pourquoi l’Église, comme nous l’avons fait remarquer de notre côté (p. 165-7), ne se contente pas d’honorer la Très Sainte Vierge comme un miroir de vertus et de l’invoquer comme intercesseur, mais lui attribue tant de choses propres au Saint-Esprit, telles que celles relatives à ses dons, ses charismes et ses fruits, et même à son influence intime. Ainsi, Marie est appelée « Trône de la Sagesse, Mère du bon Conseil, Reine de la paix, Salut des malades, Consolatrice des affligés, Cause de notre joie, Étoile du matin, Vase spirituel, Vase d’insigne dévotion », et encore « Mère du bel amour et de la crainte » et « notre vie, notre douceur et notre espérance ». — Tout cela, en soi, appartient en propre au Saint-Esprit lui-même, véritable vivificateur, consolateur, conseiller. Il est l’eau vive qui lave toutes nos souillures, étanche notre soif et guérit toutes nos maladies. Paix de Dieu, lumière de notre esprit, doux hôte de nos âmes, et gage vivant de notre héritage, qui répand sa charité dans nos cœurs, Il illumine nos ténèbres, nous donne la vraie dévotion et nous rend en tout rigoureusement spirituels, nous insuffle ses dons de sagesse, de science, de conseil, de piété et de crainte, et produit en nous les fruits de la charité, de la paix et de la joie.
Dans l’application constante que l’on fait à la Vierge de ces titres glorieux, propres à l’Esprit de sanctification, il ne fait aucun doute qu’il se cache de profonds mystères que les théologiens, pour l’instant, ne parviennent pas à expliquer, si ce n’est en disant que toutes les grâces - non sacramentelles - doivent nous venir par les mains de Marie. — Cependant, ces mystères se font sentir avec une vivacité croissante dans de nombreuses âmes expérimentées, comme si Notre Seigneur voulait, en ces derniers temps, selon ce qu’annonçait le bienheureux Grignion, faire mieux connaître cette fonction sanctificatrice très particulière de la Vierge, peut-être la plus prodigieuse de toutes, et qui jusqu’à présent ne se manifestait généralement que de manière symbolique. — En effet, chez presque toutes les âmes qui ont eu le bonheur de célébrer visiblement et solennellement les noces mystiques, on constate souvent que la Très Sainte Vierge était chargée de leur apporter la touche finale dans la préparation nécessaire, en les revêtant d’un manteau blanc, symbole de la pureté et de la sainteté requises pour un tel pacte avec le Verbe de Dieu (Cf. Evolución mística, 1ère éd., p. 420). Mais aujourd’hui, au lieu de ce manteau, il leur est souvent donné de ressentir la délicate action et les caresses amoureuses, impossibles à décrire, qu’il symbolise. (…) Ceux qui l’expérimentent se bornent à dire que la Vierge Marie intervient positivement dans la purification et la sanctification, d'une part, en disposant les cœurs à recevoir efficacement l'action du Saint-Esprit, qui est comme un feu brûlant qui divinise en consumant ce qui est terrestre ; et d'autre part, en modérant ou en tempérant maternellement cette action, afin qu'elle soit plus tolérable, et en réconfortant les âmes afin qu’elles la subissent et se laissent façonner, tandis qu’avec douceur et tendresse, Elle-même leur imprime sa propre image en union avec celle de Jésus, et fait ainsi de ces âmes des filles parfaites, siennes et de Dieu lui-même, afin qu’elles deviennent ainsi dignes d’être introduites aux noces mystiques.
Pour confirmer tout cela, parmi les nombreux témoignages que l’on pourrait citer, nous avons mentionné celui d’une âme (M.) qui nous inspirait une grande confiance : « Il me sembla comprendre comment Notre-Seigneur avait chargé la Vierge d’achever l’œuvre de mon union avec Lui, et qu’elle l’acceptait en embrassant mon âme avec une tendresse que je ressentais très vivement, bien que tout cela se passât d’une manière intellectuelle. Puis il me sembla que la Vierge présentait mon âme à la Très Sainte Trinité et que chacune des trois Personnes divines lui offrait un don spécial. (…) À présent, je me trouve presque habituellement comme au sein de la Très Sainte Trinité, très unie en même temps à la Très Sainte Vierge, que je trouve toujours là, et ressentant ce qui ne peut s’exprimer ».
« La Vierge, ajoute-t-elle encore, par sa présence sensible tempère un peu les rayons de la Divinité qui tombent sur mon âme et la dissolvent : sans ce temple maternel de Marie, je ne pourrais résister. »
« Cette Mère de grâce, disait à ce sujet sœur Elisabeth de la Trinité (Souvenirs, 1910, p. 269), va former mon âme afin que sa petite fille soit une image vivante et expressive de son Fils aîné. »
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
LIENS RECOMMANDÉS
Biographie en espagnol par Fr. Manuel Á. Martínez de Juan, OP
MÈRE MARÍA MAGDALENA DE JESÚS, C. P.
Vie et œuvre [sur le présent site]
INFORMATIONS DIVERSES
