L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES
La querelle de la corédemption (2)
QUELQUES ARGUMENTS DES "MAXIMALISTES".- Le P. José Antonio de Aldama, S. J. (1903-1980), figure éminente du courant "maximaliste" (avec les PP. Jean-Hervé Nicolas, O. P., Marie-Joseph Nicolas, O. P., Carlo Balić, Rondet, Lépicier, Clément Dillenschneider, Junipero B. Carol, Charles Boyer, S. J., Gagnebet, O. P . etc.), avait dès lors pu préciser, à la même époque, que « la formule importait peu, pourvu que l'on saisît la réalité » (1). Cet avertissement concernait spécialement le titre de "corédeemptrice" mais il s'appliquait tout aussi valablement à tous les titres mariaux en cause s'originant dans sa Médiation. Ce qui comptait, pour la foi, était la chose, bien plus que le mot.
Or, ainsi que le soulignait encore Charles De Koninck, toute la sublime dignité de Marie, évoquée par Pie XII, s'enracinait dans sa « parfaite subordination » à son Fils, laquelle « fut la raison de son oui au plan de Dieu, à la place et au rôle absolument uniques qu’elle devait y occuper, de ce oui qu’elle voulut prononcer », de sorte qu'il n'y avait pas lieu de craindre que les titres litigieux qui lui sont attribués constituassent une usurpation du rôle ou des droits de son Fils. Celui-ci, d'ailleurs, « lui fut annoncé comme Sauveur. (...) Tout ce qu’elle est — humble créature, Vierge obéissante, Mère de Dieu, du Sauveur, remplie d’angoisse pour son Fils et sa mission, Mère qui gardait tous ces souvenirs dans son cœur, à qui était soumis le Fils du Très-Haut, fidèle jusqu’au pied de la croix — tout cela, c’est le Fils qui le fait en elle. (...) Ce qu’accomplit Marie, en guise de simple cause instrumentale dans l’ordre de la grâce, demeure sous l’entière dépendance de son Fils, non pas uniquement en tant qu’il est Dieu, mais en tant aussi qu’il est Dieu fait homme ; car toutes les grâces et tous les privilèges accordés à Marie découlent des mérites du Rédempteur » (2).
Le P. Rosaire M. Gagnebet, O. P., quant à lui, écrivait à cet égard : « Ainsi dans l’ordre du salut, le Christ est cause universelle de tous les effets de grâce, mais cependant il communique aux hommes le pouvoir de les répandre parmi eux. Est-il étonnant qu’à sa mère que Dieu lui avait donnée pour compagne intime dans l’oeuvre de notre douloureux rachat, il ait communiqué la dignité de corédemptrice, qui fait que nous lui sommes redevables, à elle aussi, de notre salut : [“de même que le monde entier est lié à Dieu par sa passion, dit S. Albert, de même il est lié à la Dame de tous les hommes par sa compassion” (Albert le Grand, op. cit., q. 150, Éd. Borgnet, 37, 219)] Cette association de Marie dans l'acquisition des mérites se continue au ciel par leur association intime dans l’application aux âmes des fruits de leur commun mérite. Confidente depuis sa glorieuse assomption de tous les desseins de Dieu sur chacun de nous, elle a reçu dans son coeur l'amour particulier de Dieu et du Christ pour chacun de nous. Et comme cet amour est à l’origine de toutes les grâces que Dieu nous destine, il allume en Marie le désir de toutes et de chacune d'elles. Ce désir est l'âme de son intercession universelle fondée sur son mérite corédempteur. Finissons par les mots de saint Albert, inspirateurs de toutes ces pensées : "La très bienheureuse Vierge a été élevée, quant à elle, comme auxiliatrice pour le salut et pour partager son règne (in salutis auxilium et in regni consortium) : car elle seule, tandis que les ministres avaient pris la fuite, fut en compassion. C’est pourquoi elle seule obtint de partager le règne (du Christ), elle qui fut l’auxiliaire (adjutrix) dans le labeur du salut, selon cette parole : “Faisons-lui une aide qui lui soit semblable” » (3).
L'abbé Edouard Gagnon (futur cardinal), Sulpicien, ajoutait cette précision : « C’est la charité qui rend Marie corédemptrice. De la plénitude de grâce, déposée en elle, pour sa dignité de Mère, découle en son âme un amour de Dieu supérieur à celui de toute créature. Cet amour de Dieu a ceci de particulier qu’il est un amour maternel, l’élévation par la grâce de l’amour naturel que ressent pour son enfant toute mère digne de ce nom. (...) L'amour que la grâce saisit en Marie, est un amour maternel, principe d’unité, d’union dans la joie et dans la douleur. (...) La compassion de Marie est un acte volontaire, commandé par sa charité envers son Fils et envers nous, une offrande spontanée à la justice divine offensée par nos fautes. Quelle est son efficacité ? Peut-on dire que la Vierge y sollicite d’une prière infaillible et y mérite la réconciliation avec Dieu et le salut de tous les hommes ? La force de l’amour qui unit Jésus et Marie n’admet point d’autre conclusion » (4).
Le P. José Antonio de Aldama, S. J., précité, s'est appliqué quant à lui à démontrer que le Magistère ordinaire de l'Église était sûr et constant sur la doctrine exprimée notamment par le terme "corédemptrice" depuis Léon XIII « au moins » jusqu'au pape Pie XII, en distinguant le rôle maternel de Marie de son association ultérieure au Rédempteur dans l’œuvre de la Rédemption elle-même (5). Il montrait que les papes distinguaient en outre non moins clairement l'action de Marie dans ces deux étapes de la Rédemption : « dans sa réalisation historique » [ce qu'on appelle la Rédemption "objective"], d'une part, où Marie a agi par une coopération « immédiate bien que subordonnée » ; et, d'autre part, « dans l’application concrète de ses fruits », c'est-à-dire dans la distribution universelle des grâces [ce qu’on appelle la Rédemption "subjective"], sa seconde action prenant racine dans la première. « Marie est Médiatrice de grâces parce qu'elle fut Corédemptrice », dit-il.
Le P. de Aldama considérait que le rôle singulier de Marie dans la "Rédemption subjective" relevait du dépôt de la foi « si l'on se réfère au sens commun du peuple chrétien et au Magistère ordinaire de l'Église ». Il concluait sur ce point : « Marie n’est pas seulement la Mère du Rédempteur ; Marie est associée par Dieu, non seulement au Rédempteur, mais à l’œuvre même de la Rédemption ; au Rédempteur lorsqu’il accomplit la Rédemption au cours de sa vie mortelle et surtout au Calvaire. Cette association va bien au-delà de l’union purement maternelle. C’est plutôt le but vers lequel tend cette union maternelle. C'est une union affective qui, dans les moments de la terrible bataille de la Rédemption, ne peut être que douloureuse. C'est une compassion de Marie face à la Passion du Rédempteur. Une compassion élevée par Dieu à la sphère rédemptrice, d’où découle, toujours avec la Passion et le sacrifice de la Croix et même en vertu de ceux-ci, la victoire la plus complète de la Rédemption » (p. 52).
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(1) Nous citons ici spécialement José Antonio de Aldama y Pruaño, S. J., "Posición actual del Magisterio Eclesiástico en el problema de la Corredención", Estudios Marianos, 1958, pp. 45-75. Le P. de Aldama fut l'un des plus grands théologiens espagnols du XXe siècle. Il était issu d'une famille profondément chrétienne. Sur ses cinq frères et soeurs survivants (sur sept), deux furent jésuites avec lui, tandis que leurs deux soeurs furent servantes du Sacré-Cœur. Le 24 décembre 1929, leur père, le comte d'Aldama fut ordonné prêtre et, le 25 décembre 1929, il revêtit son épouse de l'habit salésien. Le 5 janvier 1930, il entra dans la Compagnie de Jésus et mourut un mois plus tard, assisté du P. José Antonio, son fils, entre les mains duquel il prononça ses vœux in articulo mortis. Mariologue reconnu, le P. de Aldama enseigna notamment la théologie dogmatique à l'Université grégorienne (1934-1937), à la faculté de Grenade (1939-1949, 1964-1979) puis à l'Université pontificale de Salamanque (1950-1959). Il participa à l'élaboration des grandes séries théologiques de la célèbre B.A.C. (cf. José Luis Gutiérrez García, "Apuntes para una historia de la Biblioteca de Autores Cristianos". Madrid, Fundación Universitaria San Pablo CEU, 2014). Le P. de Aldama co-fonda, avec M. María Rosario del Espíritu Santo Lucas Burgos (1900-1960), l'Institut de Las Esclavas del Santísimo Sacramento, et mourut saintement à Grenade. Il n'est pas sans intérêt d'observer que le Le P. de Aldama fut proche intellectuellement du P. Arintero, auquel il rendit cet hommage, à sa mort : ce fut un « homme de Dieu, austère et mortifié, qui semblait ne plus vivre sur terre mais au ciel ».
(2) Ch. de Koninck, Le scandale de la médiation, Laval théologique et philosophique, volume 14, numéro 2, 1958, pp. 176-177.
(3) R. M. Gagnebet, O. P., Actes du 1er Congrès de mariologie (1950), Rome, Alma Socia Christi, vol. 2 (1952), pp. 19-20. Ce congrès eut spécialement pour objet « la coopération de la bienheureuse Vierge Marie dans l’acquisition et la distribution des grâces ».
(4) E. Gagnon, P. S.S., Actes du 1er Congrès de mariologie (1950), Rome, Alma Socia Christi, vol. 2 (1952), pp. 56-57.
(5) Le P. de Aldama fondait ses dires en particulier sur ces expressions très fortes du pape Pie XII, indiquant que Marie était ainsi intervenue « dans l'œuvre de notre salut éternel », « dans l'accomplissement de l'œuvre de la Rédemption », « dans l'accomplissement de l'œuvre de la Rédemption de l'humanité » (cf. Op. cit., p. ). Se référant en particulier à l'encyclique Ad Coeli Reginam, le P. de Aldama rappelait que Pie XII y distinguait deux titres de la royauté de Marie : sa maternité divine et son association à l'œuvre du Rédempteur : « la Très Sainte Vierge Marie doit être appelée Reine non seulement en raison de sa maternité divine, mais aussi parce que, par la volonté de Dieu, elle a joué un rôle éminent dans l'œuvre de notre salut éternel » (Op. cit.).
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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