LA TRADITION CATHOLIQUE (3)
Ainsi se trouve dissipée l’erreur capitale des protestants, qui se contentent de la lettre morte, c'est-à-dire de la lettre qui tue, et qui rejettent les splendides manifestations que la parole vivante de Dieu (1) a progressivement données d’elle-même, très spécialement au Moyen Âge, en s’incarnant en quelque sorte dans les diverses formes de la pensée humaine. « L’hérésie protestante, écrit Pourrat (p. 260), dans son ensemble, n’a été qu’une grande protestation contre le progrès dogmatique du Moyen Âge. En faisant fi de seize siècles de vie catholique, par un mouvement de régression contre nature, les “Réformateurs” ont prétendu enfermer tout le Christianisme dans la lettre des écrits inspirés. Ils n’ont pas vu ou pas voulu voir que l’Église apostolique, dont ils reconnaissent la légitimité, renfermait toutes les réalités de l’Église de l’avenir, et que celle du Moyen Âge était l’Église apostolique elle-même, mais développée, grandie, devenue le grand arbre dans les branches duquel trouvaient refuge les oiseaux du ciel. Le Christianisme étant une religion vivante, sa règle de foi doit elle aussi être vivante ; tout comme est vivante l’autorité de l’Église. Le progrès dogmatique est possible, voire nécessaire, lorsqu’il est guidé par une autorité infaillible et vivante, car la vie réside dans le mouvement. Cependant, ceci est inconcevable pour ceux qui adoptent une règle de foi morte, c’est-à-dire l’Écriture seule » (2).
Ces formes subjectives et personnelles qui reflètent la civilisation d’une époque et l’état des intelligences ne peuvent pas être considérées comme des altérations du dogme, dans la mesure où elles n’y entrent pas comme des éléments constitutifs, mais uniquement comme des moyens systématiques ou des formules d’exposition. Si, parfois, en raison d’une assimilation individuelle erronée, ces simples instruments semblent se fondre si intimement avec les véritables éléments organiques qu’ils paraissent former avec eux un tout intangible, et si des membres de l’Église ne sont pas toujours des interprètes fidèles de ses doctrines et peuvent parfois les dénaturer de quelque manière, ces déficiences particulières inévitables sont compensées par la vie collective qu’il n’y a pas dans le protestantisme, où « chacun est son Église à part ». Cette vie commune est influencée par certains membres sur les autres, spécialement par les âmes très spirituelles, pleines de vie et de sens du Christ, qui savent juger en toutes choses avec un grand discernement (3). Elle est influencée, surtout, par l’Esprit souverain qui les anime, lequel « par son onction leur enseigne toutes choses » (1 Jn, 2,27) et leur permet de « pénétrer jusqu’aux plus profonds secrets divins » (1 Cor., 2,10). Cet Esprit de Vérité ne peut pas permettre que l’erreur contamine l’ensemble de l’organisme ecclésial. Enfin, les organes directeurs de cet ensemble exercent, par une fonction qui leur est propre, et dont l’infaillibilité est divinement garantie, une fonction de modération et de régulation visible et authentique qui supplée les déficiences, corrigent en temps opportun les défauts particuliers et réparent l’inexactitude de chaque conscience individuelle. En effet, le sensus de chacun est complété et perfectionné par le consensus, et finit par s’affirmer grâce à l’assensus des organes compétents (4). Ainsi, ces mêmes insuffisances individuelles, loin de nuire, finissent par renforcer la solidarité et l’unité de l’organisme de l’Église. Convaincus en effet que personne, aussi excellent soit-il, ne peut se suffire à lui-même en se passant des autres, c’est ainsi que tous s’efforcent de « veiller avec plus de sollicitude à préserver l’unité de l’esprit par le lien de la paix » (5). De la sorte, on comprendra comment la Bible, selon la profonde sentence de Bañez, est conservée principalement dans le coeur de l’Église (« praecipue in corde Ecclesiae »), d'une manière plus sûre, plus claire, plus complète et plus authentique que dans les textes inertes sur papier ou sur parchemin (6). (À SUIVRE)
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(1) « Ces développements présentent sous une forme nouvelle, expliquent et rendent explicite ce qui, dès le début, était admis en substance, ce que les Apôtres ont dit sans l’avoir écrit, ou ce qu’ils auraient nécessairement dit dans les circonstances où nous nous trouvons, par exemple s’ils avaient été interrogés, ou si une hérésie les avait contraints de s’expliquer. De ce fait, ces développements appartiennent réellement à l’héritage des vérités que l’Église, dans tous ses membres et spécialement dans sa hiérarchie, a reçus pour le préserver » (J.-H. Newman, Psychologie de la foi, p. 27).
(2) Il importe donc, comme le fait remarquer assez justement à ce sujet un auteur aux tendances paar ailleurs quelque peu progressistes : « Il importe de ne pas confondre l’intégrité d’une doctrine vivante qui, considérée dans les âmes où elle vit, peut se renouveler sans cesse, avec celle d’une doctrine morte, incapable de croissance intérieure. (...) Si l’on se laisse dominer exclusivement par le souci de l’intégrité, en abandonnant l’esprit du Christianisme, on s’en tiendra à la lettre morte, à cette lettre dont il est dit avec force qu’elle tue. Le Christ est la vérité, la vérité qui demeure éternellement immuable ; mais n’oublions pas qu’il est aussi la vie qui se meut, qui avance, qui s’élève. Certes, ce n’est pas nous qui faisons la vérité. (…) Mais quoi qu’il en soit, celle-ci se fait en nous, mais avec notre concours : quelle qu’elle soit, pour la posséder, nous devons toujours la conquérir d’une manière ou d’une autre. Et si dociles que nous lui soyons, nous ne pouvons la recevoir sans y mêler quelque chose de nous-mêmes, sans l’adapter plus ou moins à notre manière d’être et de penser. Il doit en être ainsi ; et la Vérité s’y prête, et c’est pour cela qu’elle s’est fait homme. C’est ainsi qu’en devenant nôtre, elle nous permet de vivre d’elle ; c’est ainsi que nous grandissons en elle tandis qu’elle grandit en nous. Si quelqu’un prétendait la recevoir d’un seul coup dans toute sa plénitude, et par là même, l’adapter à lui-même, sans faire d’efforts pour s’adapter à elle, il ne ferait qu’abuser d’elle en la dénaturant en lui-même. » (Laberthonnière, L’Éducation, p. 40).
(3) « Celui qui est animé par l’Esprit soumet tout à examen mais lui, personne ne peut l’y soumettre. Car il est écrit : Qui a connu la pensée du Seigneur et qui pourra l’instruire ? Eh bien nous, nous avons la pensée du Christ ! » (1 Cor., 2, 15-16).
(4) « Le consensus des fidèles concernant un dogme de foi, écrit le P. Jean-Vincent Bainvel, S. J., est un critère infaillible de la vérité divine. Sous le nom de fidèles se rangent également non seulement les théologiens, mais aussi, d'une certaine manière, les Évêques et le Pape, qui à titre privé croient et professent ce qu'ils enseignent de façon authentique, et appartiennent ainsi à l'Église enseignée (Ecclesiam discentem). Ce consensus est aussi appelé le sens catholique, sens qui se manifeste habituellement non seulement par une profession de foi explicite, mais aussi dans la pratique par les usages, les rites, les prières ; de plus, il peut parfois être prouvé et déduit à partir de témoignages ou d’actes (ex monumentis) même peu nombreux, comme notamment par la confession des martyrs. (...) C’est ainsi que Pie IX a demandé aux Évêques, au sujet de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge, non seulement quel était leur propre sentiment, mais aussi celui de leurs fidèles. (...) D'où il résulte qu'il est possible d'argumenter en partant du sens catholique vers la vérité d'une chose (...) dans la mesure où les fidèles sont l'Église croyante, qui ne peut errer, à laquelle est ordonné le magistère infaillible, et de la conscience de laquelle les maîtres puisent généralement, soit directement soit indirectement, leur doctrine » (De Magistro vivo et Traditione, Paris 1905, pp. 94-96).
(5) Cf. Éph., 4, 3. Puisque nous avons reçu, observe Moehler (pp. 69-70), le principe de la vie et de la foi en dépendance de la communauté chrétienne, qui forme un tout organique, la véritable expression de la foi doit être recherchée dans ce tout et non dans chacun de ses membres. « La doctrine chrétienne est l’esprit du christianisme s’exprimant en concepts ; et ainsi, la manière de recevoir la doctrine est le reflet de la manière dont on participe à cet esprit même du christianisme ». Chaque fidèle pris individuellement peut se tromper en tant qu’individu ; mais pas dans la mesure où il est en accord avec les autres. Puisque c’est dans l’ensemble des fidèles que se trouvent l’ensemble et la plénitude des dons de l’Esprit – que chacun ne reçoit qu’en une certaine mesure –, la doctrine commune doit être considérée non pas comme l’œuvre d’hommes faillibles, mais comme l’expression de l’Esprit qui les anime et qui, à travers eux tous ensemble, se manifeste de telle sorte que toute erreur soit exclue. Ainsi, les fidèles se présentent comme solidaires, comme parties intégrantes d’un même tout ; et la vérité existe et se manifeste dans l’unité et dans l’amour. La doctrine chrétienne étant l’expression des communications du divin Esprit qui anime l’Église, celle-ci ne peut oublier aucune vérité, ni encore moins la nier ; car cela impliquerait un abandon ou une contradiction à l’égard du souverain Esprit de la Vérité lui-même, chargé de lui suggérer et de lui enseigner toute vérité.
(6) « Le symbole de la foi et de notre espérance, qui nous vient des Apôtres, écrit saint Jérôme (Contra Joan. Hierosol. n° 28), n’est pas écrit sur du parchemin, ni avec de l’encre, mais sur les tables charnelles – c’est-à-dire vivantes – du cœur ». C’est ainsi que, selon le Sacramentaire de Gélase, « il contient peu de mots, mais de grands mystères ». « Vous êtes dignes et glorieux, disait saint Hilaire (De Synod, n° 63) aux évêques de Gaule, parce qu’en conservant, au milieu de ces bouleversements, par la profession de la conscience, la foi apostolique parfaite, vous ne connaissez pas encore les formules écrites ». Cf. Saint Augustin, De Spiritu et littera, chap. 17-26 ; Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, 1-2, q. 106, a 1.
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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