DÉVELOPPEMENT ET VITALITÉ DE L'ÉGLISE (11)
C'est ainsi qu'au nom de la « Science et du Progrès » on a prétendu substituer à l'excessive fixité de tous ceux qui tendaient à la paralysie une mutabilité destructrice, dans laquelle toutes les religions positives, y compris la religion chrétienne, apparaissent comme autant de formes passagères du simple sentiment religieux de l'humanité, appelées à disparaître lorsque cette dernière aura acquis une pleine conscience d'elle-même. D'où la tendance croissante à remplacer le transcendentaliste par l'immanentisme et le christianisme par un humanisme panthéistique.
16.- Sans aller jusqu'à cet extrême radical, propre aux modernistes les plus désespérés, il reste encore deux concepts opposés de l'Église, à peu près également dangereux et destructeurs : le statisme exagéré des protestants fidéistes ou « orthodoxes » et de certains catholiques traditionalistes qui méconnaissent les lois de la vie (1) ; et le dynamisme-transformiste des protestants “libéraux” et de certains érudits qui, tout en étant plus ou moins marqués de criticisme, de rationalisme, de naturalisme et de tous ses –ismes qui conduisent au modernisme destructeur, se piquent pourtant d’être catholiques. Ceux-là confondent certaines modalités du progrès vital de la véritable évolution avec le processus régressif de la dissolution et de la transformation.
Pour éviter les dangers et les inconvénients de ces extrêmes, si vicieux, il suffit de présenter la vérité du juste milieu dans toute sa pureté. Et nous pouvons parvenir à celui-ci en nous en tenant au concept simple d’évolution organique.
Si la doctrine évolutionniste, employée par nos adversaires comme une arme partisane, peut paraître désastreuse et terrible, elle peut aussi nous rendre d’excellents services si elle est réduite à ses justes limites et à sa vraie valeur. Elle peut alors nous permettre de rejeter leurs arguments par leurs propres armes et d’éclairer la vérité par les moyens mal employés pour l’obscurcir. C’est ainsi que Dieu nous apporte le salut par les mains de nos ennemis. L’Église, en effet, est ferme et stable, non pas à la manière d’un squelette ou d’une pierre, mais à celle d’un organisme vivant. Elle est un corps organique, destiné à subsister aussi longtemps que durera le monde, elle vit et croît sans défaillir au milieu des épreuves les plus terribles. Dans le même temps, elle évolue sans risque de se transformer, en demeurant toujours identique à travers toutes les formes extérieures et toutes les vicissitudes, parce qu’elle a reçu d’infaillibles promesses de vie perdurable. Alors qu’elle est déjà si ancienne, elle ne vieillit pas (1), parce qu’en réalité elle n’adhère jamais à des formes transitoires. Elle a toujours suffisamment de plasticité pour s’adapter à tout ce qu’elle rencontre de bon sur sa route, en même temps qu’elle tire, de l’inépuisable fond de ses virtualités infinies, de nouvelles ressources pour satisfaire aux nécessités nouvelles et surmonter tous les obstacles qui s’opposent à sa marche ininterrompue. Demeurant toujours la même, elle ne cesse de se renouveler, en montrant de nouveaux enchantements et en offrant de nouveaux trésors de vie. Bien qu’elle se modifie extérieurement au rythme des véritables progrès humains, jamais elle ne se dément ni ne se transforme, parce qu’elle est toujours animée du même Esprit de rénovation et de sanctification et dirigée par cette infaillible Sagesse qui « étant unique, peut tout ; restant la même, renouvelle tout ; se répandant, à travers les âges, dans les âmes saintes, en fait des amis de Dieu et des prophètes » (Sagesse, 7,27).
Ces manifestations continuelles de lumière et de vie sont pleines d’indicibles enchantements qui ne peuvent pas ne pas captiver les âmes sincères, soucieuses de vérité et de justice, parce que l’Église continue la mission du Verbe incarné, venu parmi les hommes plein de grâce et de vérité. Ne peuvent la mépriser que les fils des ténèbres, ceux qui l’ont sciemment en horreur, lui préférant l’amour de la mort et la haine de la vie (Prov. 8, 34-35). Si certaines âmes sincères la haïssent ou la regardent avec dédain, c’est parce que personne ne la leur a montrée dans sa beauté enchanteresse ou bien parce qu’ils se sont formé d’elle une idée complètement illusoire, qu’ils la croient dépassée, pétrifiée. Pour la rendre aimable à ceux qui aiment la lumière, il suffit d’écarter un peu le voile de certaines opinions humaines qui empêchent de voir ses glorieuses richesses. Celui qui, à travers des formes extérieures portant la marque du temps, peut découvrir les splendeurs de son âme divine, celui-là ne pourra que s’incliner devant elle comme devant une déesse, « fille du roi, toute resplendissante de gloire » (Ps. 45,14). Bienheureux est celui qui parvient à l’entendre et à observer ce qui se passe en elle ! parce qu’il trouvera la vie véritable, et il recevra le salut du Seigneur (Prov. 8, 34-35).
17.- Dans ce travail, nous nous sommes proposé de faire connaître, autant que possible, les charmes intérieurs de l’Église, en faisant en sorte qu’à travers l’organisation extérieure et tout ce que perçoivent habituellement les profanes, transparaissent les reflets divins de son âme. À cette fin, nous avons voulu associer la théologie scolastique et mystique, la théologie spéculative et positive, pour montrer, au-delà des formules les plus rigides de la pensée humaine, la souplesse et la virtualité enchanteresses de la vie divine. Nous avons voulu mettre en relief la manière dont se concilient la variabilité, que l’on observe du dehors, avec l’indestructibilité et la force ; la diversité des phénomènes et des manifestations passagères avec une identité et une perpétuité de fond ; et la rigidité apparente des symboles, enfin, avec la surabondance de vie qui déborde de toutes les formules imaginables, qu’aucune expression humaine ne parvient jamais à épuiser. Plus on étudie l’Église, et plus elle paraît nouvelle (Is. 43,19 ; 2 Cor. 5,17 ; Apoc. 21,5). C’est ce regard porté sur elle qui a suscité ces expressions concrètes et palpitantes, pleines de vie et de d’affection, qui touchent toutes les fibres du cœur et avivent la piété chrétienne, et que l’on rencontre chez les Apôtres, les premiers Pères ou les grands mystiques.
Il y a déjà bien des années, dans les cours d’apologétique que nous avons donné à San Pablo de Valladolid (1900-1902) et à San Esteban de Salamanca (1903-1904), nous nous sommes longuement attardé sur ces considérations, que nous avons ultérieurement décidé de réunir, d’ordonner et de compléter dans le présent ouvrage, tandis que les coryphées du modernisme, avec une audace inouïe, semaient de toutes parts la confusion en alarmant la conscience chrétienne, au point de rendre suspect le mot évolution, dont ils ont tant abusé pour infiltrer le venin de leurs erreurs. Sous couvert d’une piété et d’un zèle hypocrites pour le bien de l’Église, ils l’ont dénaturé en répandant par ruse le mal comme une épidémie parmi les nombreux amants naïfs du faux progrès. C’est cela même qui nous a encouragé à mettre le plus tôt possible les choses au point, en essayant de dissiper les confusions régnantes pour contribuer, selon nos faibles forces, à conjurer les terribles dangers qui menacent.
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(1) La 95e des propositions de Quesnel, condamnée par Clément XI parlait des « signes les plus sensibles de la décrépitude de l’Église » (cf. Denz. 1445).
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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