DÉVELOPPEMENT ET VITALITÉ DE L'ÉGLISE (10)
Il est fréquent de rencontrer, chez des auteurs peu sensibles à la réalité, cette funeste propension à croire que pour mieux assurer la perpétuité de la pensée chrétienne il faille lui donner un aspect archaïque la faisant apparaître plus indépendante des avancées chaotiques de la science. Ils se persuadent également de mieux défendre l’indéfectibilité de l’Église en la considérant simplement comme une entité statique, sans égard pour sa vitalité, sous prétexte de mieux faire ainsi ressortir la beauté de certaines de ses formes architectoniques. Cependant, en agissant ainsi, ils ne font que favoriser des réactions extrêmes. Ils procurent aux ennemis une meilleure occasion d’affirmer que la pensée qui leur est ainsi présentée est paralysée ou stagnante, et que l’Église n’est qu’une société pétrifiée, vieillie, incapable de réagir et, par le fait même, proche de sa fin (1).
14.- L'autorité ecclésiastique s'est efforcée, bien des fois, de corriger tous ces excès, ces négligences et ces égarements du spéculativisme. Elle est ainsi intervenue soit en fomentant la piété et en réanimant le sens chrétien par l'approbation et la promotion de nouvelles dévotions et de leurs doctrines respectives [ex. celles relatives à l'Immaculée Conception, au Sacré-Coeur, etc.], soit en imposant le silence aux passions d'école ou en les calmant par de pieuses admonestations destinées à encourager la paix et la concorde. Elle s'est encore efforcée de canaliser les discussions et les spéculations, non seulement en recommandant l'étude mais en renvoyant à l'exemple des grands Maîtres et des modèles, pour rechercher auprès d'eux, outre une saine doctrine, les solutions et les orientations les plus opportunes ainsi qu'une atmosphère de piété de nature à conforter, rafraîchir et préserver les intelligences des influences du monde.
Alors que la décadence et la confusion paraissaient avoir atteint leur sommet, Dieu y a apporté un remède très efficace par la définition solennelle du dogme de l'Immaculée Conception. Cette vision de gloire a commencé à dissiper les ténèbres du naturalisme ambiant et à réveiller la conscience catholique. En stimulant la piété et la dévotion à l'égard de la glorieuse « Mère de la divine grâce », cette définition a obligé à étudier à fond ses grandeurs, à approfondir les mystères de la vie surnaturelle et, de la sorte, à renouveler l'intérêt pour les études bibliques, patristiques et mystiques. Ce réveil a grandement contribué à promouvoir le progrès chrétien, en même temps que, de toutes parts, renaissait l'esprit religieux et se répandait la vie. Enfin, le Concile Vatican I a conduit à affermir plus solidement les fondements ou les préambules de la foi et à entreprendre de brillantes études sur la vie intime et la constitution de l'Église, point capital qui ne constituait auparavant qu'une sorte d'appendice de la théologie et qui, aujourd'hui, apparaît être comme son centre et rien moins que son âme (2).
Une fois que les esprits ont été ainsi réorientés, le grand Pontife Léon XIII leur a donné de nouvelles lumières, une nouvelle respiration et de nouveaux encouragements. Il a commencé par recommander énergiquement l'étude du Docteur Angélique et des autres grands Maîtres de la scolastique afin que, sous leur direction, et à la lumière de leurs principes élevés, il soit possible de naviguer au milieu du chaos de la pensée moderne, en évitant ses multiples écueils, tout en acceptant et en assimilant ses progrès légitimes (3). Puis il a promu, avec succès, les études bibliques et patristiques, en créant à cette fin une formation spéciale (4) qui a déjà son Institut, et une Commission permanente, plus tard convertie quasiment en nouvelle Sacrée Congrégation. Et tandis que, par de lumineuses encycliques, il s'efforçait de dissiper les ténèbres denses étendues sur les grands problèmes sociaux, il a prêché et demandé de prêcher avec ardeur la dévotion au divin Paraclet, dont il a voulu que la prodigieuse action intérieure fût bien connue de tous. Il a promu comme personne le tendre culte à l'Épouse immaculée, très douce coopératrice du même Esprit de rénovation et de sanctification, sans se lasser d'inculquer tous les ans la dévotion du Rosaire, dont les mystères, synthèse de notre sainte religion, font toujours apparaître Marie au côté de Jésus, comme une seconde Ève, notre Mère et notre corédemptrice.
15.- Les humbles travaux que nous présentons ici ont pour objet de coopérer, autant qu'il nous est possible, à cette heureuse restauration, en suivant fidèlement les orientations de l'autorité suprême. Ils ont été entrepris déjà depuis quelques années, alors que cette nouvelle hérésie du modernisme, synthèse de toutes les hérésies, comme la qualifie le même Pontife, commençait à lever la tête.
Bien qu'elle soit très complexe, cette horrible monstruosité trouve son unité dans la tendance générale destructrice qui lui a valu de porter ce nom de « moderniste ». En prétendant ou en feignant de ne réagir que contre les excès de l'immobilisme, elle défend en réalité une variabilité infinie, sans autre règle que les caprices d'une vaine opinion et de la mode, grimées sous les noms pompeux de la Science et de la Critique. De la sorte, rien ne peut demeurer stable. Toute l'Église, sa hiérarchie, le culte, les sacrements et les dogmes, sont soumis aux velléités de la pensée humaine livrée à ses propres doutes. Selon les modernistes, l'Église varie ou, comme ils disent, « évolue », mais en changeant substantiellement. Avec elle, le sens des dogmes change, le concept de la foi varie, celui de la vérité rationnelle se modifie, et les premiers principes eux-mêmes n'échappent pas au changement... Ce qu'ils ébranlent ainsi, donc, ce n'est pas simplement l'un ou l'autre des dogmes, pris isolément, comme le faisaient les anciens hérétiques, mais toutes nos croyances sacrées, en minant les fondements de tout l'ordre surnaturel et en ruinant même toute religion naturelle (5).
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(1) « Ce qui est vieilli et vétuste est près de disparaître » (Hébreux 8,13).
(2) « L'institution de l'Église est première par rapport à l'action des ministres, comme l'oeuvre de la création est première par rapport à l'oeuvre de la nature » (cf. saint Thomas d'Aquin, in IV Sent., d. 17, q. 3, a. 1 ad 5).
(3) « Nous proclamons qu'il faut recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage, toute invention heureuse, toute découverte utile, de quelque part qu'elles viennent » (cf. Léon XIII, Enc. Aeterni Patris, 4 août 1879).
(4) « (…) que [les études bibliques] fassent dans le cours des temps, de tels progrès qu'elles soient vraiment l'appui et la gloire de la vérité catholique, et un don divin pour le salut éternel des peuples » (Léon XIII, Enc. Providentissimus Deus, 18 novembre 1893 ; cf. Documentos bíblicos, BAC p. 241, n°130. S'adressant à la Commission biblique en 1902, il ajouta : « Connaissant avant tout l'état actuel de ces disciplines, rien de tout ce qui a de nouveau suscité l'intérêt des modernes ne doit vous apparaître étranger à votre charge. Bien au contraire, vous mettrez le plus grand soin à accepter sans retard ce qui est produit chaque jour d'utilisable pour l'exégèse biblique, et vous en ferez un usage commun dans vos écrits. À cette fin, vous devrez vous efforcer de cultiver la philologie et les études voisines et de suivre leurs avancées » (Lettre apostolique Vigilantiae studiique, pour la fondation de la Commission biblique, 30 octobre 1902, cf. Documentos bíblicos, BAC p. 251, n°144).
(5) « (…) c'est la notion même de l'infaillibilité ecclésiastique, c'est, au fond, toute la théologie catholique dans ses principes fondamentaux, c'est la philosophie générale de la religion, les sources et les lois de la connaissance religieuse, qui sont en cause » [A. Loisy (1857-1940), Simples réflexions sur le décret du Saint-Office, Lamentabili sane exitu, et sur l'Encyclique, Pascendi dominici gregis, p. 24)]. « Le modernisme – ajoute-t-il - met en question ces principes, à savoir l'idée mythologique (!) de la révélation extérieure, la valeur absolue du dogme traditionnel, et l'autorité absolue de l'Église » (op. cit. p. 288). Non content d'apporter ces démolitions, ce coryphée de l'erreur ne craint pas de les étendre à la religion naturelle elle-même, jusqu'à mettre en doute l'existence de Dieu. « La question qui est fond du problème religieux dans le temps présent – écrit-il ailleurs – n'est pas de savoir si le Pape est infaillible, ou s'il y a des erreurs dans la Bible, ou même si le Christ est Dieu (…!) ou s'il y a une révélation, tous problèmes surannés, ou qui ont changé de signification, et dépendent du grand et unique problème, mais de savoir si l'univers est inerte, vide, sourd, sans âme, sans entrailles, si la conscience de l'homme y est sans écho plus réel et plus vrai qu'elle-même. (…) Vais-je verser dans le monisme, dans le panthéisme ? Je l'ignore » (Quelques lettres sur des questions actuelles et sur des événements récents, Lettre 19, pp. 45-48). (Quelques lettres sur des questions actuelles et sur des événements récents, Lettre 19, pp. 45-48).
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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