DÉVELOPPEMENT ET VITALITÉ DE L'ÉGLISE (12)
La très opportune publication du décret Lamentabili sane exitu (3 juillet 1907), qui a mis le holà à toutes ces erreurs, en les détaillant et en les stigmatisant comme elles le méritaient, ainsi que la lumineuse encyclique Pascendi (8 septembre 1907), qui les a dévoilées et a rendu évidentes les causes du mal et la grande gravité du danger, ont produit des effets merveilleux. Elles ont déconcerté les modernistes, confondu leurs astuces, rendu inutiles leurs divagations, stimulé les théologiens et les apologistes à travailler d’un zèle nouveau pour couper le mal à sa racine même et combattre les nouveaux ennemis par les armes dont ils usent eux-mêmes si malicieusement (1).
Les coryphées de l’hérésie et quelques-uns de leurs acolytes contaminés jusqu’à la perversion, en se voyant ainsi démasqués, montrèrent clairement, par leur révolte contre le Vicaire du Christ, à quel point, en dépit de leurs protestations de catholicisme et de zèle pour la défense de l’Église, ils n’étaient pas en réalité des nôtres. Séparés par l’excommunication, tels des « faux prophètes qui viennent sous des vêtements de brebis, mais au dedans sont des loups rapaces » (Mt. 7,15), ils ne peuvent plus répandre désormais avec autant de facilité le venin caché dans ce funeste ferment des pharisiens qu’est l’hypocrisie (Lc 12,1). En revanche, ceux qui n’étaient pas encore pervertis et qui commençaient insensiblement à suivre leurs doctrines séductrices, en voyant le grand danger dans lequel ils se trouvaient, ont entendu avec joie la voix du Pasteur suprême et sont revenus sur le bon chemin (2).
Par ailleurs, en lisant ces documents pontificaux, tous les catholiques zélés, si éloignés qu’ils aient pu être jusqu’à présent de la marche de la pensée moderne, ne peuvent désormais la considérer qu’avec le plus haut intérêt, au constat de la gravité des problèmes agités et de la sévérité avec laquelle l’Église a dû intervenir contre les déviations modernistes. Aussi, loin d’être rendue moins utile ou de devenir sans objet du fait de l’intervention de l’encyclique Pascendi, ces études n’en prennent que plus d’actualité. Le document pontifical met en quelque sorte à l’ordre du jour les différentes questions à étudier, en faisant connaître leur extrême importance et en incitant à entreprendre de nouvelles recherches, qu’elle facilite en les orientant sur le bon chemin et en indiquant les écueils à éviter. C’est ainsi que bien des travaux ont été entrepris récemment pour traiter à fond les différents aspects du grand problème, et combattre les erreurs jusque dans leurs ultimes retranchements, en montrant dans ses principaux aspects ce qu’est et ce que doit être la véritable évolution de l’Église, et où commence la fausse – c'est-à-dire la dissolution – que les novateurs promeuvent.
18.- En proscrivant les nombreuses erreurs contenues sous le nom de « Modernisme », le Pontife Pie X se garde très bien - tout comme son prédécesseur – de condamner ce qui est moderne en tant que tel. Au contraire, il souhaite ardemment que soient étudiés à fond les nombreux problèmes nouveaux qui agitent aujourd’hui l’humanité. Pour qu’ils soient résolus le plus exactement possible, il veut que toutes les véritables avancées soient soigneusement prises en compte, et qu'elles soient utilisées. À y regarder de près, elles sont certainement nombreuses (3).
Ainsi, loin d’avoir mis fin aux questions brûlantes, Pie X est parvenu à leur donner beaucoup plus d’intérêt qu’auparavant, en faisant en sorte que les recherches soient menées comme il se doit et apportent de nouvelles lumières (4). Si la foi est ainsi protégée, préservée des assauts de l’erreur, ce n’est pas pour la rendre paresseuse, mais pour que nous fassions tous en sorte d’en vivre mieux, en grandissant en grâce et en connaissance du Christ notre Seigneur. Voilà pourquoi, comme toujours, le soin d’étudier à fond les théories nouvelles est laissé à l’initiative des théologiens particuliers, afin de mettre davantage en lumière la vérité, dissiper les confusions régnantes et les doutes, et repousser de plus en plus les ténèbres, en résolvant au mieux les problèmes qui causent tant d’inquiétude, ou du moins en préparant leurs vraies solutions. Les merveilleux travaux provoqués par le Concile de Trente sont ainsi bien connus, tout comme l’effervescence chrétienne qui s’est alors réalisée, qui ont produit une grandiose réforme générale, qui s’est opposée à la fausse doctrine des novateurs et l’a démasquée. Il faut espérer que les fruits de la vigoureuse réaction antimoderniste à laquelle nous assistons ne seront pas moindres, et que des résultats aussi utiles sont déjà en train de se produire grâce aux nombreuses et profondes études entreprises de tous côtés pour seconder l’action pontificale. La condamnation d’une erreur n’est jamais ordonnée à la paralysie de l’étude de la vérité ; elle tend au contraire à la faciliter et à l’encourager (5).
C’est pourquoi, loin de restreindre la liberté de recherche et d’entraver les nobles initiatives, comme le prétendent nos adversaires (6) - et avec eux certains catholiques mécontents, atteints par la contagion criticiste -, le document pontifical, comme il vient d’être dit, sert à stimuler ces initiatives et à assurer le bon exercice de cette liberté, en ôtant les obstacles qui s’y opposent, en la préservant des dévoiements où elle pourrait s’engager et en lui montrant les orientations qu’elle doit suivre pour que sa marche soit fructueuse et rapide (7).
__________
(1) « Les erreurs que l’Église vient de condamner, étaient déjà condamnées par la conscience catholique (…). L’Église se devait de s’exprimer, et elle l’a fait avec une précision admirable (…). Désormais, éclairés et fortifiés par cette leçon, les chercheurs catholiques pourront reprendre leurs travaux avec un élan et une confiance renouvelés. Car il ne peut plus y avoir aucun doute quant à l’objet qu’ils doivent se proposer et à au chemin qu’ils doivent suivre » (cf. Baudrillart, Rev. pr. d’Apol., 1er août 1907, p. 578).
« La portée de cet acte pontifical est telle que non seulement elle ne s’est pas s’estompée pas avec le temps écoulé, mais semble au contraire s’accroître et se manifester davantage chaque jour. Je n’hésite pas à affirmer que d’ici vingt ans, cette importance sera mieux comprise par la nouvelle génération » (cf. Gaudeau, La foi catholique, 1908, p. 232).
(2) Cf. P. Cazes, Revue Thomiste, mars 1909, p. 199.
(3) Cf. Lepin, Les théories de Loisy, pp. 145, 369-370. « Le modernisme est au véritable et légitime amour du moderne ce que le libéralisme est au culte sincère de la liberté, ce que le criticisme est à la véritable critique, ce que le positivisme est à la droite appréciation du fait positif. Le libéralisme est l'excès et la corruption de la liberté ; le criticisme est l'abus et la destruction de la critique ; le positivisme, en tant que système exclusif, parvient logiquement à dénaturaliser, méconnaître et même supprimer le fait réel, positif et visible, sous prétexte de lui donner la valeur qui lui est due. (...) L'Église respecte, aime et admet, dans ce qui est moderne, ce qui doit vivre, c'est-à-dire le lien mystérieux qui, sans lui ôter sa nouveauté, le met en relation avec le passé, pour le continuer et préparer l'avenir. Tel est le postulat même de la tradition. (...) Ce que l'Église réprouve dans le modernisme c'est un philosophie fausse et destructrice, le système d'une évolution sans norme et sans limites, d'un relativisme qui n'admet aucun principe absolu, susceptible d'être scientifiquement prouvé par la raison, d'un criticisme qui se refuse à reconnaître que la raison humaine soit en contact réel avec une vérité distincte d'elle-même, indépendante d'elle et supérieure, qui puisse la dominer » (cf. Gaudeau, Op. cit., pp. 248-251).
(4) « Le mépris des doctrines que les Pères nous ont transmises en dépôt – écrit le Cardinal Merry del Val (19 octobre 1906) à l’évêque de Ripatransone – lui déplaît tout autant que la peur de tout progrès scientifique ».
(5) Ainsi, cette condamnation ne doit pas servir à cautionner notre paresse, mais à nous encourager à travailler pour clarifier la vérité. Il ne suffit pas de détester le modernisme : il faut le réfuter par des arguments pertinents, ce pourquoi il est nécessaire d’étudier à fond de nombreuses questions très complexes et se tenir au courant du véritable mouvement moderne, afin de ne pas nous exposer « à inclure dans nos censures même les meilleurs apologistes qui ne pensent pas comme nous », ainsi que nous y encourageait récemment le cardinal archevêque de Pise.
« La condamnation de l’erreur n’est qu’une partie de la mission de l’Église. Si le progrès vital d’un être est conditionné par des préservations extérieures, il ne se produit cependant que par la poussée intérieure de la sève nutritive. Aux interventions protectrices de l’autorité supérieures, et pour que celles-ci produisent tous leurs effets, il faut que suive une recrudescence de la vie chrétienne, silencieuse et intérieure, mais active et vigoureuse. Ainsi, dans la lutte gigantesque contre le protestantisme, au XVIe siècle, l’Église n’est sortie pleinement victorieuse qu’avec l’aide des grands Saints, des théologiens, des réformateurs et des fondateurs d’Ordres qui, immédiatement après la publication des définitions de Concile de Trente, ont donné à la foi chrétienne un si rapide accroissement de vitalité. Puisse se produire de nos jours une pareille floraison de saints, de docteurs, d’apôtres et de réformateurs, afin que l’erreur une fois anathématisée, brille la vérité montrant sa fécondité conquérante ! » (cf. Guibert, Rev. pr. d’Apol., 1er octobre 1907, p. 34).
« Les documents pontificaux dirigés contre le modernisme ne constituent pas une fin en soi, mais un point de départ. Ils marquent la première étape de l'immense transformation qui, sur le plan des idées, doit s'opérer dans l'âme contemporaine » (cf. Cazes, I., Op. cit., p. 200).
(6) C'est ce que laisse entendre Loisy lorsqu'il écrit d'un ton triomphant : « L'Église romaine refuse de céder la moindre chose à l'esprit moderne, à la science moderne et à la société moderne. Le divorce est complet. L'Église vient de le proclamer » (cf. Simples réfl., p. 276).
(7) « Ce que le pape a fait, c’est de montrer aux catholiques la barrière kantienne qui les empêcherait d’avancer ; et comme il veut que nous avancions, que la vérité et la pensée humaine avancent et progressent, en s’élevant toujours davantage vers l’idéal, il indique où se trouve la barrière qui empêcherait ce progrès » (cf. Gaudeau, Op. cit., p. 239).
de la sorte, « il a rompu les chaînes qui tenaient la pensée captive, et lui a ouvert les perspectives infinies de la vérité. Ainsi, sans rien abandonner du terrain déjà conquis par des multiples efforts répétés, en unissant son travail à celui des générations antérieures, la pensée contemporaine peut se lancer vers de nouvelles conquêtes et accroître chaque jour le patrimoine intellectuel de l’humanité. Le progrès ne peut pas consister à modifier constamment l’axe des concepts philosophiques ; à être aujourd’hui kantien, hier positiviste ou cartésien et demain évolutionniste ou pragmatique. Il y a dans les idées un fond essentiel et éternel qui, une fois trouvé, doit être conservé avec soin pour servir de base aux nouvelles constructions, de principe et de lumière aux nouvelles recherches » (cf. Cazes, Revue thomiste, mars 1909, p. 215).
ARINTERIANA
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Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
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