L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (6)
Un autre illustre tertiaire dominicain, lui aussi missionnaire zélé, fondateur d’un saint institut [Ndt : la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice], et précurseur du Bienheureux de Montfort lui-même dans la dévotion spéciale à la Vierge, le très pieux Monsieur Olier, n’hésitait pas à dire (Pensées choisies, 1916, p. 95-97) : « Elle possède, dans l’éminence de l’esprit et de la grâce, tout ce qu’il y a de grand et d’auguste dans l’Église. Si elle n’exerce pas, comme celle-ci, des fonctions visibles, elle n’en agit pas moins d’une manière conforme à son état, à son sexe et à sa condition de mère. Si elle n’offre pas immédiatement Jésus-Christ sous les apparences du pain et du vin, elle l’offre immédiatement à Dieu dans le Temple. Bien qu’extérieurement elle n’exerce pas les fonctions d’apôtre (…), elle a un zèle immense pour la gloire de Dieu, et possède le pouvoir caché de veiller à envoyer secrètement, par les voies de l’Esprit et de l’amour divin, des missionnaires zélés partout dans le monde.— Cet apostolat de Jésus en Marie est celui qui doit gagner tous les cœurs à Dieu et renouveler l’Église tout entière. Et Jésus (…) est ravi de la voir renouveler tout le clergé et sanctifier les peuples par des voies inconnues. (…) La Sainte Mère de Jésus le voit habiter en Elle et accomplir par Elle-même tous les biens de l’Église. (…) Jésus fait en Marie le dépôt et le réceptacle de tous ses bienfaits et de ses richesses ; en Elle, Il renferme tout, et par Elle, Il veut tout répandre sur tous les hommes. — C’est pourquoi Jésus se trouve en Marie et Marie en Jésus, l’apôtre et le pontife de toute l’Église, la lumière et la vie de toute créature ».
CHAPITRE III : TITRES PAR LESQUELS MARIE EST INVOQUÉE ET TEXTES SACRÉS QUI LUI SONT ATTRIBUÉS
Nous allons voir à présent à quel point tous ces titres très nobles, par lesquels les fidèles saluent et invoquent la Très Sainte Vierge, lui correspondent, et à quel point les magnifiques textes sapientiaux que l’Église lui attribue lui conviennent véritablement et réellement.
Marie est un véritable vase spirituel, qui contient toutes les bénédictions de Dieu, tous les charismes du Saint-Esprit et toutes les grâces, si pleinement que nous pouvons tous recevoir de sa plénitude. Elle mérite bien ainsi d’être regardée comme le cœur de l’Église. Elle met en effet en mouvement tout le mécanisme sanctificateur de ce Corps mystique, et diffuse la vie et l’énergie dans tous ses organes, jusqu’aux plus nobles, comme le dit Olier (op. cit., p. 137), qu’elle elle « remplit de force et de vigueur ». — « Si les Apôtres, ajoute-t-il (p. 138), proclament l’Évangile dans tout l’univers, s’ils répandent les flammes du saint amour, s’ils sont victorieux du monde et de l’enfer, c’est Elle qui est la parole qui les rend éloquents, la lumière qui les éclaire, l’amour qui les consume et la puissance qui les rend redoutables aux yeux des tyrans et des démons ».
Ainsi réside véritablement en Elle, d’une certaine manière, la « grâce de tout chemin et de toute vérité », et par conséquent, « toute espérance de vie et de vertu » (Eccli. 24, 25).
C’est pourquoi Elle invite avec tant d’amour tous ses fidèles à « aller à Elle », à s’abandonner pleinement entre ses mains, par la sainte servitude, pour vivre en Elle et être comblés de ses trésors et des fruits très riches de vie qu’elle produit dans les âmes, en recevant son esprit plus doux que le miel (ib. 26-27). Cet esprit est l’héritage inestimable de ses enfants et de ses serviteurs bien-aimés, lesquels sont les véritables et parfaits serviteurs et enfants du Seigneur, lesquels s’approchent, assoiffés, des eaux mystiques (ib. ; Is. 54, 17 ; 55, 1), guidés en tout par l’Esprit divin.
À tous ceux qui la mettent en lumière et s’efforcent de faire connaître ces vérités afin d’encourager sa dévotion, Il promet la vie éternelle car cette vraie dévotion est le « livre de vie et le testament du Très-Haut » (Eccli. 24, 31-32), dont la connaissance claire était réservée aux derniers temps, à la sixième période apocalyptique, lorsque, avec la définition solennelle du mystère de l’Immaculée, « fut ouvert le Temple de Dieu dans le ciel et que se laissa voir l’Arche vivante de l’Alliance ». Ainsi apparut ce grand signe : « la Femme vêtue du Soleil, la lune sous ses pieds, et couronnée de douze étoiles ». Celles-ci désignent sans aucun doute, d’une part, les apôtres les plus zélés de sa dévotion, représentés par ce nombre mystique du Collège Apostolique, et d’autre part, les douze fruits très précieux de sainteté qu’elle produit dans le cœur de ses humbles enfants, tellement persécutés par le dragon infernal (Apoc., 11, 19 ; 12, 1, 17).
C'est à cette admirable vision que semble faire référence le mystérieux petit livre que tient l'Ange plein de force dont nous parle le chapitre X de la même Apocalypse. Cet Ange y apparaît revêtu de la livrée de Marie et de ses enfants les plus fidèles : l’arc-en-ciel de la paix couronnant sa tête, le visage rayonnant comme le soleil et les jambes semblables à des colonnes de feu, comme pour mettre le feu au monde, avec cette particularité qu’il posait l’un de ses pieds sur la mer et l'autre sur la terre. Le petit livre, dévoré par le fils spirituel de Marie (représenté par saint Jean), « rend le ventre amer », c’est-à-dire tout ce qui est bas et grossier, propre à l’homme animal. En revanche, il est doux comme le miel pour la bouche qui goûte le langage mystique de la Sagesse, et il dispose à « prophétiser sur un grand nombre de peuples » (ibid., 10-11). Ce petit livre ne serait-il pas celui du Traité de la vraie dévotion à Marie, qui enseigne à ses fidèles enfants à parler en esprit au monde entier et à se détacher de tout ce qui est terrestre, et qui a été écrit par ce nouvel Ange fort, qui, tandis qu’il avait un pied comme plongé dans une mer de tribulations, posait l’autre sur la terre ferme de la confiance parfaite en Notre-Dame ? Le bienheureux Grignion de Montfort lui-même déclara publiquement qu’il était l’envoyé extraordinaire annoncé par saint Vincent Ferrier (Cf. M. Quérard, loc. cit. chap. 18) (1).
Par son Immaculée Conception, sa maternité spirituelle et sa mission sanctificatrice, Marie apparaît véritablement créée dans l’Esprit Saint (Eccli., 1, 9) pour être tout amour, par une participation très pleine de cet Esprit, afin de pouvoir nous le communiquer à tous en abondance.
Ainsi que le disait l’admirable frère lai de Montserrat, le frère José de Saint Benoît, « de même que le Saint-Esprit est, par nature, tout l'amour éternel de Dieu, de même tout l'amour de Dieu a toujours été présent en Marie par la communication du Saint-Esprit et par son effusion dans la plénitude de toutes grâces » (2).
Ainsi « elle sera toujours exaltée au milieu de son peuple, et admirée dans la sainte plénitude, et louée parmi la multitude des élus ». Car Elle-même ouvrira sa bouche bénie dans les églises, pour se glorifier devant la puissance du Seigneur, en disant : « Je suis née de la bouche du Très-Haut. (…) J’ai fait naître dans les cieux la lumière qui ne manque jamais, et comme une brume j’ai recouvert toute la terre » (Eccli., 24, 2-6). Ainsi, elle éclaire, enseigne et réjouit ceux qui sont déjà élevés dans la sainteté, et de son manteau, elle protège sur toute la terre tous ceux qui ont recours à Elle.
__________
(1) NdT : Le Père Arintero renvoie ici à ce passage : « Un jour, prêchant dans une vaste plaine de Bretagne à une immense assemblée, près de la Chèze, au diocèse de Saint-Brieuc, [Saint Vincent Ferrier] dit en parlant d'une ancienne et grande chapelle tombée en ruine, dédiée autrefois à Notre-Dame de Pitié, qu'il déplorait amèrement l'état d'abandon et de désolation dans lequel elle se trouvait et qu'il eût désiré vivement la rétablir, “mais que cette grande entreprise était réservée par le ciel à un homme que le Tout-Puissant ferait naître dans les temps reculés, homme qui viendrait en inconnu, homme qui serait beaucoup contrarié et bafoué, homme cependant qui, avec la grâce de Dieu, viendrait à bout de cette entreprise”. Trois siècles plus tard, (…) un jour qu'il prêchait dans la même plaine que saint Vincent Ferrier à une multitude incroyable de peuple, [le P. de Montfort] annonça son projet de rétablir cette chapelle et déclara à cette immense assemblée “qu’il était cet homme inconnu, prédit par saint Vincent Ferrier, qui devait contribuer au rétablissement de la chapelle de Notre-Dame”. C'était en l'année 1707 » (Abbé J. M. Quérard, La mission providentielle du vénérable Louis-Marie Grignion de Montfort dans l’enseignement et la propagation de la parfaite dévotion à la sainte Vierge, Éd. Haton, 1884, pp. 123-124).
(2) Opera omnia, P. 1, tract. de Laudibus V. M., § I. NdT : Le frère Joseph de Saint Benoît (1654-1723) était un religieux bénédictin entré au monastère de Montserrat à l’âge de 23 ans, tandis qu’il était tailleur de pierres. Il y mena une vie de grande austérité. Bien que sans grande éducation, il commença à lire la Bible, dont il acquit une connaissance si profonde qu'il fut même consulté par des théologiens prestigieux. Il écrivit 42 traités, dont 35 en latin et 7 espagnol, dont des copies circulèrent à travers toute l’Europe, ainsi qu’une Autobiographie et de nombreuses lettres.
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
LIENS RECOMMANDÉS
Biographie en espagnol par Fr. Manuel Á. Martínez de Juan, OP
MÈRE MARÍA MAGDALENA DE JESÚS, C. P.
Vie et œuvre [sur le présent site]
INFORMATIONS DIVERSES
