L'INFLUENCE DE MARIE DANS LA SANCTIFICATION DES ÂMES (1)
Ce texte est tiré de l'ouvrage du P. Arintero intitulé : La verdadera mística tradicional, où il figure en Appendice (Ed. Fides, Salamanca, 1925, pp. 479-507), sous le titre : « Influencia de la Sma Virgen en la sanctificación de las almas ». On y verra, en particulier, à quel point le titre et le rôle de corédemptrice attribués à Notre-Dame étaient importants pour l'auteur, qui recourait aussi au concept de co-sanctificatrice. Le titre de corédemptrice a cependant été remis en cause par la Note doctrinale "Mater populi fidelis" sur certains titres mariaux qui se réfèrent à la coopération de Marie à l’œuvre du salut du 4 novembre 2025, approuvée par le pape Léon XIV le 7 octobre 2025. Cette remise en cause n'altère cependant pas le fond de la doctrine ici présentée, pas plus que celui de la multitude des saints, auxquels fait référence la Note, qui ont eu recours à ce même titre sans jamais contester qu'il n'y eût qu'un seul Rédempteur du genre humain.
À l'occasion du Congrès marial de 1918, nous avons rédigé un mémoire intitulé « La mission co-sanctificatrice de Marie comme Épouse de l’Esprit Saint », mission qu'il est très important de faire connaître afin de promouvoir la véritable vie intérieure ; et nous avons donc jugé opportun de consigner ici cette doctrine, en annexe à La mystique traditionnelle, afin de montrer à quel point il nous est nécessaire de toujours compter sur l'intervention de la douce Mère de la grâce divine, dont l'Église dit qu’elle est « Elle est initiée aux mystères de la science de Dieu, c’est elle qui décide de ses œuvres » (Sag., 8,4).
CHAPITRE I : LES SYMBOLES PAR LESQUELS ELLE EST REPRÉSENTÉE
Nous avions déjà cherché à mettre en évidence cette merveilleuse influence sanctifiante dans notre ouvrage Développement et vitalité de l’Église (t. I, L’évolution organique, 1911, chap. 1), en faisant connaître les principaux symboles utilisés dans les Écritures pour représenter la Sainte Église elle-même, dont Marie est le résumé et le modèle parfait. — Comme en chacun de ces symboles apparaît cette très sainte Vierge exerçant d’une certaine manière cette mission ou la laissant entrevoir sous un aspect particulier, nous pouvons nous la représenter sous ses principaux aspects et nous faire une idée la plus juste possible d’elle grâce à leur réunion et à ce qu’en ont dit les Pères et les théologiens.
En effet, nous pouvons voir Marie contribuer de manière très diverse, merveilleuse et très efficace à notre sanctification car elle apparaît figurée par les différents symboles suivants.
1] Des symboles architectoniques (pp. 147-153)
Par ces symboles, elle est représentée comme l'échelle mystique de Jacob par laquelle, grâce à la contemplation, on monte à la perfection la plus élevée. Elle est aussi représentée comme véritable « maison de Dieu et porte du Ciel ». Comme nous l'appelons dans les Litanies, elle est la maison d'or, où règne la charité la plus pure et la plus précieuse et où l'on sert Dieu dans une sainteté et une justice parfaites. Elle est la porte du Ciel, par où l'on peut facilement entrer dans les communications divines les plus intimes. C'est pourquoi, elle est appelée ailleurs : « Porte heureuse du Ciel : Felix cœli porta ». « La dévotion à cette Dame, dit le V. P. La Puente (Sentimientos), est la porte de la sainteté, et à celui à qui Dieu accorde cette dévotion, il a ouvert la porte ; et si je ne la ressens pas, je peux pleurer, car m’est fermée l'entrée au Sanctum Sanctorum, au trône du Roi, à la lumière incréée ; (et) je dois supplier Dieu notre Seigneur et mon ange gardien de m'ouvrir cette porte et de me donner cette dévotion : Aperite mihi portas justitiæ ».
Elle est l'Arche d'alliance, où se trouve conservée la « manne cachée » réservée aux vainqueurs, ainsi que la nouvelle « Loi de l'Esprit de vie » qui nous rachète de tous nos esclavages (Apoc., 12,17 ; Rom., 8,2). Elle est aussi le refuge des pécheurs. Heureux ceux qui s'y réfugient et persévèrent continuellement à ses portes, car ils trouveront la vie et recevront du Seigneur le salut ! (Prov. 8, 34-35).
« Marie, disions-nous (p. 138), est ce mystérieux “Trône de la grâce auquel nous devons nous adresser avec confiance pour obtenir miséricorde et trouver l'aide nécessaire” (Héb., 4, 16) ; car en vertu de la grâce très spéciale qu'elle a trouvée devant Dieu, selon le témoignage de l’Ange, elle est devenue le propitiatoire d'or où s'apaise la colère divine. — Elle est aussi le mystique « Tabernacle du Saint-Esprit », où Il dispense ses dons et accomplit ses plus grands prodiges d’amour. Dieu forme en Elle les âmes comme Il les forme dans l’Église. Il se sert de son Cœur très pur, comme d'un moule vivant et merveilleux, pour configurer à Elle les fidèles véritablement dévots et spirituels et, par voie de conséquence, les configurer au Modèle divin. Ainsi forme-t-il des chrétiens parfaits, à la manière dont Il a formé le Christ lui-même ».
En effet, comme l'écrit le bienheureux Montfort dans son merveilleux Secret de Marie : « Marie est appelée par saint Augustin, et est, en effet, le moule vivant de Dieu. (…) Elle est le grand moule de Dieu, fait par le Saint-Esprit, pour former au naturel un Homme Dieu par l'union hypostatique, et pour former un homme-Dieu par la grâce. Il ne manque à ce moule aucun trait de la divinité ; quiconque y est jeté et se laisse manier aussi, y reçoit tous les traits de Jésus-Christ, vrai Dieu, d'une manière douce et proportionnée à la faiblesse humaine (…) ; d'une manière sûre sans crainte d’illusions (…). Oh ! (…) qu’il y a de différence entre une âme formée en Jésus-Christ par les voies ordinaires de ceux qui, comme les sculpteurs, se fient en leur savoir-faire et s'appuient sur leur industrie, et entre une âme bien maniable, bien déliée, bien fondue, et qui, sans aucun appui sur elle- même, se jette en Marie et s'y laisse manier à l'opération du Saint-Esprit ! Qu'il y a de taches, qu'il y a de défauts, qu'il y a de ténèbres, qu'il y a d'illusions, qu'il y a de naturel, qu'il y a d'humain dans la première âme ; et que la seconde est pure, divine et semblable à Jésus-Christ ! » (nn. 16-17) (1).
De ce trône de la grâce, l'Auteur de la grâce commença à la répandre si abondamment sur le Précurseur et sur sainte Élisabeth, pour continuer à la répandre toujours sur tous ceux qui sont visités par Marie, ou qui lui font confiance.
C'est le siège de la Sagesse, qui, de là, se plaît à communiquer aux petits, qu'elle appelle à grands cris pour qu'ils viennent jouir de ses dons et abandonnent ainsi les choses propres à l'enfance pour entrer dans les voies de la prudence (Prov., 8, 1 ; 9, 1-6). Elle est aussi un vase spirituel, souverainement admirable, telle une œuvre prodigieuse du Très-Haut (Eccl., 43, 2), digne de tout honneur, et qui inspire une dévotion remarquable ; un vase où l'on ne boit que la très pure « eau de la sagesse salutaire », le « vin qui réjouit les cœurs » et l'Esprit d'amour et de sagesse qui vivifie et rajeunit, « plus doux que le miel » (Eccl., 15, 3 ; 24, 27). Son sein est véritablement cette mystérieuse « coupe ronde où le vin ne tarit pas » (Cant., 7, 2), car elle contient en elle-même la source même des grâces, pour en déborder toujours et les répandre en abondance sur ses dévots.
C'est la mystique Cité de Dieu, dont on raconte tant de merveilles glorieuses (Ps., 86, 3), et dont on aura toujours à raconter, surtout en la voyant rayonner de la clarté divine elle-même (Apoc., 21,11). C’est Elle, en effet, qui est la nouvelle Jérusalem que saint Jean a vue descendre du ciel, parée comme une épouse, pour être la demeure digne de Dieu parmi les hommes, afin que son nom très glorieux soit gravé, avec le nom nouveau de Notre Seigneur (les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie ?) dans tous ces illustres vainqueurs qui méritent de devenir les colonnes vivantes du Temple de Dieu (Apoc., 3, 12 ; 21, 1-3 ; — Tous ceux qui ont faim de justice, et en particulier ceux qui ont mis longtemps à se convertir, devront marcher autour de cette ville glorieuse (Ps., 58, 7).
Elle est la demeure de la paix, et elle se fait elle-même rempart pour défendre tous ceux qui se réfugient en elle, et ses seins, si pleins d'amour et de douceur, servent de tours protectrices et salvatrices (Cant., 8, 10). Ainsi Marie est Tour de David et Tour d’ivoire, par sa force inexpugnable, sa candeur et sa pureté de vie, et la hauteur sublime de perfection et de sainteté qu'elle communique et imprime à ses protégés.
2] Des symboles sociologiques (pp. 157-68)
De ce point de vue, Marie nous est ainsi présentée, en premier lieu, comme Reine du Ciel, Reine de tous les Saints, notre Reine et notre Dame. En union avec Notre Seigneur et cet Esprit Souverain qui, par nature, est « Seigneur et Vivificateur », Elle a le droit d'exercer dans nos cœurs un empire absolu pour les diriger et les gouverner à son gré, qui est toujours celui de Dieu, et de les configurer au Modèle divin dont elle porte l'image vivante en son sein. En second lieu, Elle apparaît comme la véritable mère spirituelle de toute la grande famille des enfants de Dieu. En tant que telle, Elle a pour mission de « nous nourrir, portés sur la hanche, et de nous choyer sur ses genoux » (Is., 66, 12), de nous éduquer et de nous former à l'image de son Fils unique, dont la chair et le sang sont le pain et le vin qu’elle a elle-même préparés pour nous (Prov., 9,5), afin de mieux nous imprégner de sa vertu et de ses qualités.
C'est donc à juste titre que nous devons la saluer et l'invoquer du plus profond de nos cœurs comme « Reine et Mère de miséricorde, vie, douceur et espérance... ». En effet, en tant que douce Épouse du Saint-Esprit, qui s'est communiqué à elle avec tant de plénitude pour la rendre Mère de Dieu et Mère des hommes, elle jouit de ces conditions divines ; de la sorte, elle est à la fois Mère, modèle et résumé de la Sainte Église.
« Marie, dit à ce sujet le P. Maréchaux (Élévation sur la S. V. Épouse du St.-Esprit, élév. XX), fut associée à l’Esprit Saint dans la production et la naissance de l'Église, qu'il a formée à l'image de son épouse bien-aimée (…). En descendant sur elle au jour de l'Incarnation, il l'a faite Mère de Dieu ; et en descendant à nouveau le jour de la Pentecôte, il l'a faite Mère de l'Église et lui a accordé les dons correspondant à cette nouvelle maternité. - Ces dons ne sont autres que ceux du Saint-Esprit à un degré éminent, non seulement pour sa sanctification personnelle, mais aussi pour influer sur toute l'Église et sur chacun de ses membres (…). Ces dons admirables, trésors de l'Église et richesse des âmes, vous, ô Marie, les possédez avec le pouvoir de contribuer à leur communication (…). Mettez en nous la crainte qui résulte d'une impression de la sainteté divine ; la piété qui adoucit la crainte ; la science, qui régule la piété ; la force, qui permet de réaliser ce que la science indique ; le conseil, qui dirige l'emploi de la force ; l'intelligence, qui harmonise les décisions du conseil ; et enfin, la sagesse, par laquelle Dieu pénètre jusqu'au plus profond de l'âme et y consomme la ressemblance divine ».
3] Des symboles sacramentels (pp. 188-92)
Marie apparaît ainsi comme l'Épouse par excellence, la seule, la parfaite en tout, l’immaculée, la véritable colombe, rendue telle par la plénitude des grâces et des communications du Saint-Esprit ; la Reine qui est toujours à la droite du Roi, vêtue d'or et parée de pierres précieuses, et à la suite de laquelle toutes les vierges sont conduites vers le Roi de gloire. C’est pourquoi elle est, parmi toutes celles-ci et au milieu de l'Église elle-même — vierge, mère et reine à son image —, tellement admirée et louée, acclamée comme très bienheureuse, « s’avançant comme l'aurore naissante, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil et terrible comme une armée en ordre de bataille (Cant., 6, 8-9 ; 5,2 ; Ps., 44, 10,15). Représentée par Ève, la « mère des vivants », elle est associée en tout au nouvel Adam, pour nous communiquer à tous la vraie vie. Elle est ainsi notre corédemptrice, et elle est Mère de la divine grâce, avec le pouvoir de la communiquer « à qui elle veut, quand elle veut et comme elle veut », selon la formule de saint Bernardin de Sienne.
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(1) Au sujet de cette différence très remarquable entre ceux qui suivent les « voies ordinaires » de leurs propres méthodes, capacités et industries, et ceux qui sont « conduits par les voies de l'Esprit », voir s. Jean de la Croix, Nuit, I, chap. 1-6 et nos Cuestiones místicas, 4.a, a. I.
ARINTERIANA
Paris - France | 2026 | Tous droits réservés
Exposition en langue française de la vie et des œuvres du Père Juan González Arintero (1860-1928), restaurateur de la théologie mystique en Espagne, grand directeur d'âmes et apôtre de l'Amour Miséricordieux.
« Vous qui êtes ici, dites un Pater à mon profit.
Pour moi ferez beaucoup et vous n’y perdrez mie. »
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